Vente Maîtres anciens & du XIX siècle - 14 novembre 2017 /Lot 539 Georges Rochegrosse Versailles, 1859 - Algérie, 1938 Le bal des ardents

  • Georges Rochegrosse Versailles, 1859 - Algérie, 1938 Le bal des ardents Huile sur toile (Toile d'origine)
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Georges Rochegrosse Versailles, 1859 - Algérie, 1938
Le bal des ardents
Huile sur toile (Toile d'origine)
Signée 'G Rochegrosse' en bas à droite
Toile de la maison Hardy Alan

The Bal des Ardents, oil on canvas, signed, by G. Rochegrosse
Hauteur : 130 Largeur : 162 cm

Provenance : Collection particulière du Sud Ouest de la France

Expositions : Salon de 1889, Paris, n° 2311

Bibliographie : 'Le Temps', 30 avril 1889
'La Lanterne', 3 mai 1889
"Le Salon", in 'La Vie parisienne', 4 mai 1889, p. 243 (mentionne le tableau comme acquis par la comtesse de Kersaint à l'issue du Salon)
'Le Rappel', 5 mai 1889
Camille Le Senne, "La Musique et le théâtre au Salon de 1889", in 'Le Ménestrel', 26 mai 1889, p. 164
Armand Sylvestre, "Le Salon de 1889", in 'La Grande Revue', III, n° 14, mai 1889, p. 331
Olivier Merson, "Le Salon de 1889", in 'Le Monde illustré', 1er juin 1889, p. 363
"Beaux-Arts", in 'Le Génie civil', 1er juin 1889, p. 82
Paul Rouaix, "Le Salon", in 'La Revue de famille', juin 1889, p. 158-159
'Salon illustré', Paris, 1889, repr. p. 144
Jean Valmy-Baysse, 'Georges Rochegrosse : sa vie, son oeuvre', Paris, 1910, repr.
'Georges-Antoine Rochegrosse : les fastes de la décadence', cat. exp. Moulins, 2013, p. 72-73, fig. 29

Commentaire : Pompier, décadent, académique, envahissant et rétrograde ! De quels qualificatifs injurieux les grands formats de la peinture d'histoire de la fin du XIXe siècle ne furent-ils pas affublés.

Et pourtant… Exposé au Salon de 1889, notre tableau reçut les éloges répétés de la critique comme en témoigne l'importante bibliographie l'année même de cette exposition. La raison en est sans doute l'émotion générée par la scène représentée et surtout la manière crue et violente avec laquelle est dépeint ce passage particulièrement théâtral de l'histoire de France.
En pleine guerre de Cent Ans règne le roi Charles VI qui - atteint de crises passagères de folie - partage le pouvoir avec un conseil de régence notamment constitué de ses puissants oncles. Le 28 janvier 1393, moins d'un an après sa première crise, le roi participe avec quatre proches à un bal donné au sein de l'hôtel royal de Saint-Pol. Pour divertir l'assemblée ils sont déguisés en sauvages et pour parfaire le vérisme du déguisement leurs habits sont enduits de poix et recouverts de poils d'étoupe, des chaînes enfin les lient les uns aux autres pour dominer leurs caractères " indomptables " de parfaits sauvages. Seul le roi n'est pas attaché à ce groupe de danseurs. Telle est la raison de sa survie puisque dans sa course folle, le groupe prend feu à cause d'une torche approchée trop près d'eux: les cris de douleurs raisonnent, une odeur indescriptible envahit la pièce, l'assemblée est ahurie et terrifiée. La duchesse de Berry s'empare du roi et l'engloutit dans sa grande cape, étouffant ainsi le feu et sauvant la couronne. Ou plutôt ne la sauvant qu'à moitié car à compter de ce jour le roi plongera définitivement dans la folie. L'événement est relaté avec une grande précision par Jean Froissart mais aussi le moine de Saint-Denis Michel Pintoin qui écrit que " quatre hommes sont brûlés vifs, alors que leurs organes génitaux tombent au sol, générant un fort épanchement de sang ".

Les visiteurs du Salon étaient habitués à se voir imposer par Rochegrosse de gigantesques toiles retraçant des passages sanglants et terribles de l'histoire de civilisations aussi diverses que Babylone, la Rome antique, les Mérovingiens…Il semble néanmoins avoir franchi un cap dans la violence en peignant Le bal des ardents. Dans La Grande Revue de mai 1889, Armand Sylvestre commente ainsi l'œuvre : " Ce supplice multiplié dans cette joie épouvantée laisse l'esprit sous une impression vraiment terrible. Ces fumées où passent des agonisés, ces flammes lourdes de sang sont d'un effet indescriptible. De tels sujets sont-ils vraiment du domaine de la peinture ? Avant M. Rochegrosse, j'aurais volontiers pensé que non1. "

Comment Rochegrosse en est-il arrivé à peindre un tel tableau ? Le parcours de l'artiste mais aussi le contexte historique nous offrent les clefs pour répondre à cette question.
Issu d'un milieu intellectuel et artistique, Rochegrosse fut un élève brillant de la célèbre Académie Julian, puis de l'Ecole des Beaux-Arts. En 1883, le Prix du Salon lui ouvre les portes de l'Italie, voyage qu'il complète par d'autres dans les différentes capitales européennes. Passionné d'archéologie et d'histoire, il évolue dans ce XIXe siècle qui est la grande période de l'enseignement de cette discipline. Les volumes de L'histoire de France de Jules Michelet conditionnent toute vision du passé pour les générations nées après la monarchie de Juillet, et cela jusque dans la seconde partie du XXe siècle. Michelet jette les bases du roman national français en glorifiant les héros du royaume devenu nation. Les partis-pris et les approximations parfois critiqués sont peu de chose au regard de l'efficacité du récit national. Rochegrosse comme toute la génération des peintres d'histoire née après 1850 est naturellement dès l'enfance imprégné de cette vision " héroïque ".
Par son extraordinaire dynamisme dans la narration et le souci d'une description " archéologique " dans les détails vestimentaires et décoratifs, notre toile est un chef-d'œuvre du genre. Terrible par la nature de la scène représentée elle ne l'est pas moins par la tragédie qui s'annonce en raison de la folie du roi : une invasion par l'anglais dont seule Jeanne d'Arc saura libérer le royaume.

1. A. Sylvestre, "Le Salon de 1889", in La Grande Revue, III, n° 14, mai 1889, p. 331

Estimation 20 000 - 30 000 €

Vendu 35 100 €
* Les résultats sont affichés frais acheteur et taxes compris. Ils sont générés automatiquement et peuvent subir des modifications.

Lot 539

Georges Rochegrosse Versailles, 1859 - Algérie, 1938
Le bal des ardents

Vendu 35 100 € [$]

Georges Rochegrosse Versailles, 1859 - Algérie, 1938
Le bal des ardents
Huile sur toile (Toile d'origine)
Signée 'G Rochegrosse' en bas à droite
Toile de la maison Hardy Alan

The Bal des Ardents, oil on canvas, signed, by G. Rochegrosse
Hauteur : 130 Largeur : 162 cm

Provenance : Collection particulière du Sud Ouest de la France

Expositions : Salon de 1889, Paris, n° 2311

Bibliographie : 'Le Temps', 30 avril 1889
'La Lanterne', 3 mai 1889
"Le Salon", in 'La Vie parisienne', 4 mai 1889, p. 243 (mentionne le tableau comme acquis par la comtesse de Kersaint à l'issue du Salon)
'Le Rappel', 5 mai 1889
Camille Le Senne, "La Musique et le théâtre au Salon de 1889", in 'Le Ménestrel', 26 mai 1889, p. 164
Armand Sylvestre, "Le Salon de 1889", in 'La Grande Revue', III, n° 14, mai 1889, p. 331
Olivier Merson, "Le Salon de 1889", in 'Le Monde illustré', 1er juin 1889, p. 363
"Beaux-Arts", in 'Le Génie civil', 1er juin 1889, p. 82
Paul Rouaix, "Le Salon", in 'La Revue de famille', juin 1889, p. 158-159
'Salon illustré', Paris, 1889, repr. p. 144
Jean Valmy-Baysse, 'Georges Rochegrosse : sa vie, son oeuvre', Paris, 1910, repr.
'Georges-Antoine Rochegrosse : les fastes de la décadence', cat. exp. Moulins, 2013, p. 72-73, fig. 29

Commentaire : Pompier, décadent, académique, envahissant et rétrograde ! De quels qualificatifs injurieux les grands formats de la peinture d'histoire de la fin du XIXe siècle ne furent-ils pas affublés.

Et pourtant… Exposé au Salon de 1889, notre tableau reçut les éloges répétés de la critique comme en témoigne l'importante bibliographie l'année même de cette exposition. La raison en est sans doute l'émotion générée par la scène représentée et surtout la manière crue et violente avec laquelle est dépeint ce passage particulièrement théâtral de l'histoire de France.
En pleine guerre de Cent Ans règne le roi Charles VI qui - atteint de crises passagères de folie - partage le pouvoir avec un conseil de régence notamment constitué de ses puissants oncles. Le 28 janvier 1393, moins d'un an après sa première crise, le roi participe avec quatre proches à un bal donné au sein de l'hôtel royal de Saint-Pol. Pour divertir l'assemblée ils sont déguisés en sauvages et pour parfaire le vérisme du déguisement leurs habits sont enduits de poix et recouverts de poils d'étoupe, des chaînes enfin les lient les uns aux autres pour dominer leurs caractères " indomptables " de parfaits sauvages. Seul le roi n'est pas attaché à ce groupe de danseurs. Telle est la raison de sa survie puisque dans sa course folle, le groupe prend feu à cause d'une torche approchée trop près d'eux: les cris de douleurs raisonnent, une odeur indescriptible envahit la pièce, l'assemblée est ahurie et terrifiée. La duchesse de Berry s'empare du roi et l'engloutit dans sa grande cape, étouffant ainsi le feu et sauvant la couronne. Ou plutôt ne la sauvant qu'à moitié car à compter de ce jour le roi plongera définitivement dans la folie. L'événement est relaté avec une grande précision par Jean Froissart mais aussi le moine de Saint-Denis Michel Pintoin qui écrit que " quatre hommes sont brûlés vifs, alors que leurs organes génitaux tombent au sol, générant un fort épanchement de sang ".

Les visiteurs du Salon étaient habitués à se voir imposer par Rochegrosse de gigantesques toiles retraçant des passages sanglants et terribles de l'histoire de civilisations aussi diverses que Babylone, la Rome antique, les Mérovingiens…Il semble néanmoins avoir franchi un cap dans la violence en peignant Le bal des ardents. Dans La Grande Revue de mai 1889, Armand Sylvestre commente ainsi l'œuvre : " Ce supplice multiplié dans cette joie épouvantée laisse l'esprit sous une impression vraiment terrible. Ces fumées où passent des agonisés, ces flammes lourdes de sang sont d'un effet indescriptible. De tels sujets sont-ils vraiment du domaine de la peinture ? Avant M. Rochegrosse, j'aurais volontiers pensé que non1. "

Comment Rochegrosse en est-il arrivé à peindre un tel tableau ? Le parcours de l'artiste mais aussi le contexte historique nous offrent les clefs pour répondre à cette question.
Issu d'un milieu intellectuel et artistique, Rochegrosse fut un élève brillant de la célèbre Académie Julian, puis de l'Ecole des Beaux-Arts. En 1883, le Prix du Salon lui ouvre les portes de l'Italie, voyage qu'il complète par d'autres dans les différentes capitales européennes. Passionné d'archéologie et d'histoire, il évolue dans ce XIXe siècle qui est la grande période de l'enseignement de cette discipline. Les volumes de L'histoire de France de Jules Michelet conditionnent toute vision du passé pour les générations nées après la monarchie de Juillet, et cela jusque dans la seconde partie du XXe siècle. Michelet jette les bases du roman national français en glorifiant les héros du royaume devenu nation. Les partis-pris et les approximations parfois critiqués sont peu de chose au regard de l'efficacité du récit national. Rochegrosse comme toute la génération des peintres d'histoire née après 1850 est naturellement dès l'enfance imprégné de cette vision " héroïque ".
Par son extraordinaire dynamisme dans la narration et le souci d'une description " archéologique " dans les détails vestimentaires et décoratifs, notre toile est un chef-d'œuvre du genre. Terrible par la nature de la scène représentée elle ne l'est pas moins par la tragédie qui s'annonce en raison de la folie du roi : une invasion par l'anglais dont seule Jeanne d'Arc saura libérer le royaume.

1. A. Sylvestre, "Le Salon de 1889", in La Grande Revue, III, n° 14, mai 1889, p. 331

Estimation 20 000 - 30 000 €

Vendu 35 100 €
* Les résultats sont affichés frais acheteur et taxes compris. Ils sont générés automatiquement et peuvent subir des modifications.

Détails de la vente

Vente : 3271
Date : 14 nov. 2017 18:00
Commissaire-priseur : Matthieu Fournier

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Matthieu Fournier
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Maîtres anciens & du XIX<sup>e</sup> siècle