Vente Tableaux et dessins anciens et du 19e siècle, sculptures /Lot 13 Claude Gillot Langres, 1673 - Paris, 1722 Arlequin, empereur dans la lune : Scène du combat

  • Claude Gillot Langres, 1673 - Paris, 1722 Arlequin, empereur dans la lune : Scène du fermier de Domfront Plume et encre noire, lavis...
  • Claude Gillot Langres, 1673 - Paris, 1722 Arlequin, empereur dans la lune : Scène du fermier de Domfront Plume et encre noire, lavis...
Claude Gillot Langres, 1673 - Paris, 1722
Arlequin, empereur dans la lune : Scène du fermier de Domfront
Plume et encre noire, lavis de sanguine, trait d'encadrement à la plume
Porte le numéro '25' en bas à droite

'ARLECCHINO EMPEROR IN THE MOON : DOMFRONT FARMER', PEN AND BLACK INK, RED CHALK WASH, NUMBERED, BY C. GILLOT
Hauteur : 15,50 Largeur : 21,50 cm

Provenance : Peut-être ancienne collection Quentin de Lorangère ;
Peut-être sa vente, Paris, 2 mars 1744, n° 92, 93 ou 94 ;
Ancienne collection de S.A. la princesse Murat, son étiquette au verso ;
Sa vente ; Paris, Hôtel Drouot, Mes Bezançon et Baudoin, 4 février 1942, n° 8 ;
Collection particulière, Paris

Expositions : 'Le Théâtre à Paris (XVIIe-XVIIIe siècles)', Paris, Musée Carnavalet, mars-mai 1929, n° 140

Bibliographie : Emile Dacier, " Gillot ", in L. Dimier (dir.), 'Les peintres français du XVIIIe siècle', vol. 1, Paris-Bruxelles, 1928, p. 204, n° 47
Joachim Poley, 'Claude Gillot. Leben und Werk ; 1673 - 1722 ; ein Beitrag zur französischen Kunstgeschichte des XVIII. Jahrhunderts', Würzburg-Aumühle, 1938, n° 128
Jennifer Tonkovich, 'Claude Gillot and the Theater with a catalogue of drawings', thèse de doctorat, Rutgers, The State University of New Jersey, 2002, p. 232-237, n° 13

Commentaire : Loin de provoquer leur désaffection, le départ des comédiens italiens, ordonné par Louis XIV en 1697 et immortalisé par une célèbre composition de Watteau, ne fit que renforcer l'attachement que leur portait le public parisien. Arlequin, Colombine, Scaramouche et leurs acolytes continuèrent de peupler la scène des théâtres de la capitale. Les auteurs français s'étaient approprié les personnages de la 'commedia dell'arte' pour écrire des " comédies françaises accommodées au théâtre italien1 ", usant d'une grande liberté de plume dans la langue de Molière. C'est le cas de Nolant de Fatouville, qui publia 'Arlequin empereur dans la lune' en 1684. La pièce fut présentée en 1707 à la foire Saint-Laurent et en 1712 à la foire Saint-Germain, deux lieux très fréquentés par les artistes peintres et dessinateurs du Grand Siècle finissant qui substituèrent à la peinture d'histoire les scènes de la vie quotidienne inspirée de la peinture hollandaise et celles provenant du théâtre.

Le monde du spectacle procura à Claude Gillot l'une de ses plus importantes sources d'inspiration et il y puisa une grande partie de son répertoire, qu'il s'agisse de la représentation de personnages isolés en costume ou de scènes complètes issues des pièces alors en vogue. La transmission de ce goût à son illustre élève Antoine Watteau ne fit que renforcer la notoriété de cette partie de la production de Gillot. Nos deux lavis de sanguine témoignent de la parfaite maîtrise du dessinateur ; il illustre avec vivacité le point culminant des scènes représentées, exprimant toute la tension de l'intrigue à laquelle il avait sans doute assisté.

Les deux scènes sont issues d'Arlequin empereur dans la lune'. La pièce relate les différentes trouvailles d'Arlequin pour tromper le Docteur Balouard et épouser sa servante, Colombine. Dans la 'Scène du fermier de Domfront', Arlequin, juché sur une charrette, se fait passer auprès du Docteur pour le fils du fermier de Domfront à qui est promise Colombine. Il est cependant démasqué lorsqu'une lettre du fermier arrive annonçant que son fils malade ne peut se rendre au rendez-vous. La 'Scène du combat' intervient quant à elle à la fin de la pièce : Arlequin, se faisant passer pour l'empereur de la lune, se voit offrir la main d'Isabelle, fille du Docteur Balouard. Alors qu'il raconte au Docteur et à Isabelle la vie sur la lune, les trois Chevaliers du Soleil interviennent, dénonçant la supercherie d'Arlequin et le menaçant. Pour se battre à égalité, Arlequin demande l'aide de Scaramouche et du Docteur, mais les trois acolytes seront vaincus et Arlequin devra renoncer à ses amours.

Un certain nombre de dessins de Gillot de technique et de format similaires illustrant des scènes de théâtre sont connus. La collection de la princesse Murat, d'où proviennent nos dessins, en conservait neuf, dont l'un appartient aujourd'hui au cabinet des arts graphiques du Louvre2. Une autre version de la Scène du combat, provenant des collections Marmontel puis Michel Lévy, était réapparue à l'Hôtel Drouot en 19693 (fig. 1). Certains de ces dessins furent gravés, notamment par Jacques-Gabriel Huquier, mais leur destination initiale n'est pas toujours connue. La réapparition de la 'Scène du fermier de Domfront' de la collection Murat permet en outre de constater qu'il ne s'agit pas du dessin préparatoire à la composition gravée par Huquier (fig. 2), comme on le croyait jusqu'ici.
La redécouverte de ces deux dessins apporte ainsi de nouvelles informations à la connaissance de l'œuvre de Gillot. " Dessinateur élégant et serpentant, croqueur à la plume pleine de fantaisie4 ", l'artiste y donne la pleine mesure de son art, campant ses personnages à l'aide de rapides traits de plume et d'encre et rehaussant ses compositions par un lavis de sanguine habilement nuancé, dont l'exceptionnel état de conservation de nos dessins permet d'admirer toute la fraicheur. La vivacité du trait de Gillot fait écho à celle des bretteurs de la 'Scène du combat', faisant de cette feuille l'une des plus admirables de la série.

Nous remercions Madame Jennifer Tonkovitch pour son aide à la rédaction de cette notice.

1. Gherardi, cité par François Moureau, " Claude Gillot et l'univers du théâtre ", in cat. exp. 'Claude Gillot. Comédies, sabbats et autres sujets bizarres', Langres, 1999, p. 87.
2. 'La Foire Saint-Germain ; scène des carrosses', inv. RF 29326.
3. Vente anonyme ; Paris, Hôtel Drouot, 26 novembre 1969, n° 12.
4. Edmond de Goncourt, 'La Maison d'un artiste', Paris, 1881, t. I, p.83-84.

Estimation 40 000 - 60 000 €

Lot 13

Claude Gillot Langres, 1673 - Paris, 1722
Arlequin, empereur dans la lune : Scène du combat

Estimation 40 000 - 60 000 € [$]

Claude Gillot Langres, 1673 - Paris, 1722
Arlequin, empereur dans la lune : Scène du fermier de Domfront
Plume et encre noire, lavis de sanguine, trait d'encadrement à la plume
Porte le numéro '25' en bas à droite

'ARLECCHINO EMPEROR IN THE MOON : DOMFRONT FARMER', PEN AND BLACK INK, RED CHALK WASH, NUMBERED, BY C. GILLOT
Hauteur : 15,50 Largeur : 21,50 cm

Provenance : Peut-être ancienne collection Quentin de Lorangère ;
Peut-être sa vente, Paris, 2 mars 1744, n° 92, 93 ou 94 ;
Ancienne collection de S.A. la princesse Murat, son étiquette au verso ;
Sa vente ; Paris, Hôtel Drouot, Mes Bezançon et Baudoin, 4 février 1942, n° 8 ;
Collection particulière, Paris

Expositions : 'Le Théâtre à Paris (XVIIe-XVIIIe siècles)', Paris, Musée Carnavalet, mars-mai 1929, n° 140

Bibliographie : Emile Dacier, " Gillot ", in L. Dimier (dir.), 'Les peintres français du XVIIIe siècle', vol. 1, Paris-Bruxelles, 1928, p. 204, n° 47
Joachim Poley, 'Claude Gillot. Leben und Werk ; 1673 - 1722 ; ein Beitrag zur französischen Kunstgeschichte des XVIII. Jahrhunderts', Würzburg-Aumühle, 1938, n° 128
Jennifer Tonkovich, 'Claude Gillot and the Theater with a catalogue of drawings', thèse de doctorat, Rutgers, The State University of New Jersey, 2002, p. 232-237, n° 13

Commentaire : Loin de provoquer leur désaffection, le départ des comédiens italiens, ordonné par Louis XIV en 1697 et immortalisé par une célèbre composition de Watteau, ne fit que renforcer l'attachement que leur portait le public parisien. Arlequin, Colombine, Scaramouche et leurs acolytes continuèrent de peupler la scène des théâtres de la capitale. Les auteurs français s'étaient approprié les personnages de la 'commedia dell'arte' pour écrire des " comédies françaises accommodées au théâtre italien1 ", usant d'une grande liberté de plume dans la langue de Molière. C'est le cas de Nolant de Fatouville, qui publia 'Arlequin empereur dans la lune' en 1684. La pièce fut présentée en 1707 à la foire Saint-Laurent et en 1712 à la foire Saint-Germain, deux lieux très fréquentés par les artistes peintres et dessinateurs du Grand Siècle finissant qui substituèrent à la peinture d'histoire les scènes de la vie quotidienne inspirée de la peinture hollandaise et celles provenant du théâtre.

Le monde du spectacle procura à Claude Gillot l'une de ses plus importantes sources d'inspiration et il y puisa une grande partie de son répertoire, qu'il s'agisse de la représentation de personnages isolés en costume ou de scènes complètes issues des pièces alors en vogue. La transmission de ce goût à son illustre élève Antoine Watteau ne fit que renforcer la notoriété de cette partie de la production de Gillot. Nos deux lavis de sanguine témoignent de la parfaite maîtrise du dessinateur ; il illustre avec vivacité le point culminant des scènes représentées, exprimant toute la tension de l'intrigue à laquelle il avait sans doute assisté.

Les deux scènes sont issues d'Arlequin empereur dans la lune'. La pièce relate les différentes trouvailles d'Arlequin pour tromper le Docteur Balouard et épouser sa servante, Colombine. Dans la 'Scène du fermier de Domfront', Arlequin, juché sur une charrette, se fait passer auprès du Docteur pour le fils du fermier de Domfront à qui est promise Colombine. Il est cependant démasqué lorsqu'une lettre du fermier arrive annonçant que son fils malade ne peut se rendre au rendez-vous. La 'Scène du combat' intervient quant à elle à la fin de la pièce : Arlequin, se faisant passer pour l'empereur de la lune, se voit offrir la main d'Isabelle, fille du Docteur Balouard. Alors qu'il raconte au Docteur et à Isabelle la vie sur la lune, les trois Chevaliers du Soleil interviennent, dénonçant la supercherie d'Arlequin et le menaçant. Pour se battre à égalité, Arlequin demande l'aide de Scaramouche et du Docteur, mais les trois acolytes seront vaincus et Arlequin devra renoncer à ses amours.

Un certain nombre de dessins de Gillot de technique et de format similaires illustrant des scènes de théâtre sont connus. La collection de la princesse Murat, d'où proviennent nos dessins, en conservait neuf, dont l'un appartient aujourd'hui au cabinet des arts graphiques du Louvre2. Une autre version de la Scène du combat, provenant des collections Marmontel puis Michel Lévy, était réapparue à l'Hôtel Drouot en 19693 (fig. 1). Certains de ces dessins furent gravés, notamment par Jacques-Gabriel Huquier, mais leur destination initiale n'est pas toujours connue. La réapparition de la 'Scène du fermier de Domfront' de la collection Murat permet en outre de constater qu'il ne s'agit pas du dessin préparatoire à la composition gravée par Huquier (fig. 2), comme on le croyait jusqu'ici.
La redécouverte de ces deux dessins apporte ainsi de nouvelles informations à la connaissance de l'œuvre de Gillot. " Dessinateur élégant et serpentant, croqueur à la plume pleine de fantaisie4 ", l'artiste y donne la pleine mesure de son art, campant ses personnages à l'aide de rapides traits de plume et d'encre et rehaussant ses compositions par un lavis de sanguine habilement nuancé, dont l'exceptionnel état de conservation de nos dessins permet d'admirer toute la fraicheur. La vivacité du trait de Gillot fait écho à celle des bretteurs de la 'Scène du combat', faisant de cette feuille l'une des plus admirables de la série.

Nous remercions Madame Jennifer Tonkovitch pour son aide à la rédaction de cette notice.

1. Gherardi, cité par François Moureau, " Claude Gillot et l'univers du théâtre ", in cat. exp. 'Claude Gillot. Comédies, sabbats et autres sujets bizarres', Langres, 1999, p. 87.
2. 'La Foire Saint-Germain ; scène des carrosses', inv. RF 29326.
3. Vente anonyme ; Paris, Hôtel Drouot, 26 novembre 1969, n° 12.
4. Edmond de Goncourt, 'La Maison d'un artiste', Paris, 1881, t. I, p.83-84.

Estimation 40 000 - 60 000 €

Détails de la vente

Vente : 2349
Date : 13 nov. 2013 19:00

Contact

Matthieu Fournier
Tél. +33 1 42 99 20 26
mfournier@artcurial.com

Tableaux et dessins anciens et du 19e siècle, sculptures