Vente Bibliothèque littéraire et poétique - 16 octobre 2013 /Lot 105 CHARLES-AUGUSTIN SAINTE-BEUVE. L.A.S. A VICTOR HUGO Sans date [7 décembre 1830]. 3 pp. in-4 à l’encre noire sur un double feuillet d...

  • CHARLES-AUGUSTIN SAINTE-BEUVE. L.A.S. A VICTOR HUGO Sans date [7 décembre 1830]. 3 pp. in-4 à l’encre noire sur un double feuillet d...
CHARLES-AUGUSTIN SAINTE-BEUVE. L.A.S. A VICTOR HUGO Sans date [7 décembre 1830]. 3 pp. in-4 à l'encre noire sur un double feuillet de papier vélin. Adresse et cachet postal au verso du dernier feuillet. (Petite déchirure au niveau du cachet sans atteinte au texte.) MAGNIFIQUE, DOULOUREUSE ET FIEVREUSE LETTRE DE RUPTURE.. Cette célèbre lettre marque le point culminant de la crise née entre Hugo et Sainte-Beuve après que ce dernier lui eut confié sa passion pour Adèle. Hugo avait proposé à son ami de laisser sa femme libre de son choix. Mais cette réponse n'avait fait qu'exacerber les sentiments contradictoires de Sainte-Beuve, qui passe du regret des années heureuses au désir de meurtre : « Je n'y puis tenir, si vous saviez comment mes jours et mes nuits se passent et à quelles passions contradictoires je suis en proie, vous auriez pitié de qui vous a offensé et vous me souhaiteriez mort, sans me blâmer jamais et en gardant sur moi un éternel silence. - Je me repens déjà de ce que je fais en ce moment, et cette idée de vous écrire me parait aussi insensée que le reste ; tant je viens de tous les côtés me briser contre l'impossible ; mais enfin la chose est commencée et je poursuis - si vous saviez, hélas ! ce que j'éprouve toutes les fois que votre nom est prononcé à mes oreilles, toutes les fois qu'il m'arrive sur Madame Hugo et sur vous quelque nouvelle et quelque rapport ; si vous saviez comme tous les jours passés dans leurs moindres circonstances, nos promenades à la plaine, nos visites aux Feuillantines et tout ce que j'avois rêvé de vie paisible et bénie auprès de vous, si vous saviez comme tout cela se déchaîne en moi au fond de mon cœur dans mes veilles et à quel supplice de damné je suis livré sans relâche depuis trois ou quatre heures du matin jusqu'au jour (...) Il y a en moi du désespoir, voyez-vous, de la rage ; des envies de vous tuer, de vous assassiner par momens en vérité ; pardonnez-moi ces horribles mouvemens - mais pensez à ceci, vous que tant de pensées remplissent, pensez au vide que laisse une telle amitié - Quoi ? pour jamais perdus ! - Je ne puis plus aller vous voir ; je ne remettrai plus les pieds sur votre seuil, c'est impossible »… Sainte-Beuve repousse les offres de Victor Hugo de se voir comme par le passé : « Des amitiés comme celle qui était entre nous ne se tempèrent pas, elles vivent ou on les tue. Que ferais-je désormais à votre foyer, quand j'ai mérité votre défiance, quand le soupçon se glisse entre nous, quand votre surveillance est inquiète et que Madame Hugo ne peut effleurer mon regard, sans avoir consulté le vôtre ? (...) Elle est donc tuée irréparablement, cette amitié qui fut de ma part un culte, il ne nous reste plus, mon ami, qu'à l'ensevelir avec autant de pitié qu'il se peut, dans mon cœur, comme je vous prie de faire dans le vôtre, comme je vous prie (soyez généreux) de dire à Madame Hugo de faire dans le sien ; chez moi, il y aura toujours, quoi qu'il m'arrive désormais dans la vie, une pensée mélancolique et sainte qui veillera sur cette amitié déplorée. » La lettre s'achève sur une émouvante possibilité de réconciliation au soir de leurs vies : « ... quand je serai vieux, et que madame Hugo elle-même sera vieille, qui sait ? si je reviens à la piété, à la religion chaste et austère, à la pratique des vertus, peut-être, mon ami, vous me permettrez, alors, après quelque expiation que vous m'imposerez, de venir finir mes jours sous votre toit, et vous m'aurez rendu assez de confiance pour me laisser quelquefois seul encore avec celle qui est digne uniquement de vous, mais que je n'ai jamais méconnue, je vous jure. » EXTRAORDINAIRE DOCUMENT LITTERAIRE DEVOILANT L'INTIMITE DU CŒUR.
Estimation 6 000 - 8 000 €

Vendu 12 341 €
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Lot 105

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CHARLES-AUGUSTIN SAINTE-BEUVE. L.A.S. A VICTOR HUGO Sans date [7 décembre 1830]. 3 pp. in-4 à l'encre noire sur un double feuillet de papier vélin. Adresse et cachet postal au verso du dernier feuillet. (Petite déchirure au niveau du cachet sans atteinte au texte.) MAGNIFIQUE, DOULOUREUSE ET FIEVREUSE LETTRE DE RUPTURE.. Cette célèbre lettre marque le point culminant de la crise née entre Hugo et Sainte-Beuve après que ce dernier lui eut confié sa passion pour Adèle. Hugo avait proposé à son ami de laisser sa femme libre de son choix. Mais cette réponse n'avait fait qu'exacerber les sentiments contradictoires de Sainte-Beuve, qui passe du regret des années heureuses au désir de meurtre : « Je n'y puis tenir, si vous saviez comment mes jours et mes nuits se passent et à quelles passions contradictoires je suis en proie, vous auriez pitié de qui vous a offensé et vous me souhaiteriez mort, sans me blâmer jamais et en gardant sur moi un éternel silence. - Je me repens déjà de ce que je fais en ce moment, et cette idée de vous écrire me parait aussi insensée que le reste ; tant je viens de tous les côtés me briser contre l'impossible ; mais enfin la chose est commencée et je poursuis - si vous saviez, hélas ! ce que j'éprouve toutes les fois que votre nom est prononcé à mes oreilles, toutes les fois qu'il m'arrive sur Madame Hugo et sur vous quelque nouvelle et quelque rapport ; si vous saviez comme tous les jours passés dans leurs moindres circonstances, nos promenades à la plaine, nos visites aux Feuillantines et tout ce que j'avois rêvé de vie paisible et bénie auprès de vous, si vous saviez comme tout cela se déchaîne en moi au fond de mon cœur dans mes veilles et à quel supplice de damné je suis livré sans relâche depuis trois ou quatre heures du matin jusqu'au jour (...) Il y a en moi du désespoir, voyez-vous, de la rage ; des envies de vous tuer, de vous assassiner par momens en vérité ; pardonnez-moi ces horribles mouvemens - mais pensez à ceci, vous que tant de pensées remplissent, pensez au vide que laisse une telle amitié - Quoi ? pour jamais perdus ! - Je ne puis plus aller vous voir ; je ne remettrai plus les pieds sur votre seuil, c'est impossible »… Sainte-Beuve repousse les offres de Victor Hugo de se voir comme par le passé : « Des amitiés comme celle qui était entre nous ne se tempèrent pas, elles vivent ou on les tue. Que ferais-je désormais à votre foyer, quand j'ai mérité votre défiance, quand le soupçon se glisse entre nous, quand votre surveillance est inquiète et que Madame Hugo ne peut effleurer mon regard, sans avoir consulté le vôtre ? (...) Elle est donc tuée irréparablement, cette amitié qui fut de ma part un culte, il ne nous reste plus, mon ami, qu'à l'ensevelir avec autant de pitié qu'il se peut, dans mon cœur, comme je vous prie de faire dans le vôtre, comme je vous prie (soyez généreux) de dire à Madame Hugo de faire dans le sien ; chez moi, il y aura toujours, quoi qu'il m'arrive désormais dans la vie, une pensée mélancolique et sainte qui veillera sur cette amitié déplorée. » La lettre s'achève sur une émouvante possibilité de réconciliation au soir de leurs vies : « ... quand je serai vieux, et que madame Hugo elle-même sera vieille, qui sait ? si je reviens à la piété, à la religion chaste et austère, à la pratique des vertus, peut-être, mon ami, vous me permettrez, alors, après quelque expiation que vous m'imposerez, de venir finir mes jours sous votre toit, et vous m'aurez rendu assez de confiance pour me laisser quelquefois seul encore avec celle qui est digne uniquement de vous, mais que je n'ai jamais méconnue, je vous jure. » EXTRAORDINAIRE DOCUMENT LITTERAIRE DEVOILANT L'INTIMITE DU CŒUR.
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Vente : 2398
Date : 16 oct. 2013 14:30

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Bibliothèque littéraire et poétique. Livres et manuscrits des 19e et 20e siècles