Vente « Dessins d’écrivains » - 14 février 2012 /Lot 1 APOLLINAIRE, Guillaume "Un Buveur d'absinthe qui a lu Victor Hugo"

  • APOLLINAIRE, Guillaume  "Un Buveur d'absinthe qui a lu Victor Hugo"
APOLLINAIRE, Guillaume
"Un Buveur d'absinthe qui a lu Victor Hugo"
Deux dessins originaux dont un signé à droite " W. de K. ". Date autographe " 1896 ". Encre et plume, 3 x 6 cm et 5 x 7 cm, sur une p. de 17, 5 x 10, 5 cm, quelques taches et rousseurs, encadrement sous verre.

Compositions illustrant le manuscrit autographe signé d'une saynette théâtrale de jeunesse intitulée " Un Buveur d'absinthe qui a lu Victor Hugo ".
La simplicité de la mise en œuvre et la signature du texte en deux endroits par son vrai nom " W. de Kostrowitzky " (Wilhelm de Kostrowitzky), suggèrent un divertissement d'adolescent datant des années de collège. Apollinaire avait une prédilection pour les marionnettes qui remontait à l'enfance, évoquée notamment dans sa nouvelle " Giovanni Moroni " (dans le recueil Le Poète assassiné), et déjà présent dans son album de jeunesse dit " Cahier de Stavelot ". Il avait gardé plusieurs marionnettes chez lui.

" Un Buveur d'absinthe qui a lu Victor Hugo.
Scène de guignol.
Le juge. L'accusé. Un gendarme.
par
W. de Kostrowitzky
Le Juge. - Accusé ! Considérant qu'il est avéré que vous vous laissez trop aller à boire de l'absinthe ; considérant que dans l'état d'ébriété où cette liqueur vous laisse, vous rossez votre malheureuse femme et vos enfants, nous vous condamnons à 27 coups de rotin... Avez-vous quelque chose à dire pour votre défense ?...
L'accusé. - Monsieur le juge ! Voici ce que je dirai pour me disculper de ce titre de mauvais père de famille que vous me donnez. Tous les mois une de mes tantes qui habite la campagne m'envoie un grand pot de miel que je laisse en entier à ma femme et à mes enfants ; me contentant de boire ces quelques"Pernod" que vous me reprochez. J'ai fait deux parts en cette vie si dure...
(Sanglots dans l'auditoire)...
Toujours je pris l'absinthe et leur laissai le miel !...
(Bravo ! Bravo !) "
... Kostrowitsky 1896 "

Un ressort comique fondé sur une parodie de Victor Hugo. Comme annoncé au titre, le mot de la fin (qui joue sur l'opposition biblique du miel et de l'absinthe) reprend deux vers d'un poème des Feuilles d'automne, " La Prière pour tous ", évoquant la mère qui " Faisant pour toi deux parts dans cette vie amère, / Toujours a bu l'absinthe et t'a laissé le miel ".
Les dessins d'Apollinaire ajoutent ici comme une morale à sa fable de guignol : le père indigne retourne l'image biblique magnifiée par Hugo, pour grimer son vice en vertu, et la menace du gendarme qui pesait sur lui s'abat finalement sur le juge.

" Et moi aussi je suis peintre " (premier titre de ce qui deviendrait Calligrammes). Amant de Marie Laurencin, ami de Braque, Robert et Sonia Delaunay, Derain ou Picasso, Apollinaire accorda toujours une grande attention aux arts : il publia des articles et ouvrages de critique généreux envers l'avant-garde, comme Méditations esthétiques. Les Peintres cubistes (1913). Il pratiqua lui-même le dessin et la peinture depuis ses années de collège : plusieurs cahiers et carnets de jeunesse révèlent comment l'écrivain cherchait sa voix et comment ses dessins, en appoint des textes, abordaient déjà ses thèmes de prédilection : choses vues et scènes nocturnes, sujets religieux, portraits et autoportraits caricaturaux... Quand Apollinaire s'affirma comme poète, il continua de pratiquer le dessin comme un prolongement de l'écriture, mettant en œuvre le principe énoncé en 1917 dans son ouvrage L'Esprit nouveau et les poètes : " On peut être poète dans tous les domaines : il suffit que l'on soit aventureux et que l'on aille à la découverte ". Le dessin et la peinture jouèrent un rôle grandissant dans sa vie : il couvrit ainsi les manuscrits et épreuves du Bestiaire de dessins marginaux, enrichit de poèmes et dessins les lettres envoyées pendant la guerre à Louise de Coligny-Châtillon : " Que Lou dise à Gui si les dessins de Gui l'amusent, et lui plaisent, si les vers lui plaisent aussi... " (29 avril 1915).

" Les dessins d'Apollinaire, à plus d'un titre, servent à mieux pénétrer dans son œuvre. Plus immédiats que les mots [...], ils expriment autrement, mais plus directement, les affects qui sont en jeu dans l'écriture. Les grimaces des humains, la dislocation et le morcellement de leur corps, la grâce des animaux, la juxtaposition d'objets disparates, les paysages rêvés, sont autant de motifs qui entrent en résonnance avec l'univers du mal-aimé. Un univers souvent chaotique [...], dérangeant, mais libérateur et créatif " (Claude Debon, p. 13).

Expositions
- LA BIBLIOTECA DI GUILLAUME APOLLINAIRE A ROMA. Rome, Galleria Francese di Piazza Navona, 12 février-12 mars 1996. Reproduction p. 55 du catalogue.
- GUILLAUME APOLLINAIRE. 1880-1918. Paris, Bibliothèque historique de la ville de Paris, 20 juin-5 octobre 1991, n° 24 du catalogue.

Bibliographie
- APOLLINAIRE (Guillaume). Œuvres en prose complètes. Paris, Nrf, Pléiade, 1993, t. III, p. 1006, et notes p. 1329. Reproduction p. 1005.
- DEBON (Claude) et Peter READ. Les Dessins de Guillaume Apollinaire. Paris, Éditions Buchet-Chastel, 2008. Reproduction p. 32.
- DESSINS D'ECRIVAINS. Paris, Éditions du Chêne, 2003. Reproduction p. 66.
- FAUCHEREAU (Serge). Peintures et dessins d'écrivains. Paris, Éditions Belfond, 1991. Reproduction p. 22.

Estimation 8 000 - 10 000 €

Vendu 10 201 €
* Les résultats sont affichés frais acheteur et taxes compris. Ils sont générés automatiquement et peuvent subir des modifications.

Lot 1

APOLLINAIRE, Guillaume
"Un Buveur d'absinthe qui a lu Victor Hugo"

Vendu 10 201 € [$]

APOLLINAIRE, Guillaume
"Un Buveur d'absinthe qui a lu Victor Hugo"
Deux dessins originaux dont un signé à droite " W. de K. ". Date autographe " 1896 ". Encre et plume, 3 x 6 cm et 5 x 7 cm, sur une p. de 17, 5 x 10, 5 cm, quelques taches et rousseurs, encadrement sous verre.

Compositions illustrant le manuscrit autographe signé d'une saynette théâtrale de jeunesse intitulée " Un Buveur d'absinthe qui a lu Victor Hugo ".
La simplicité de la mise en œuvre et la signature du texte en deux endroits par son vrai nom " W. de Kostrowitzky " (Wilhelm de Kostrowitzky), suggèrent un divertissement d'adolescent datant des années de collège. Apollinaire avait une prédilection pour les marionnettes qui remontait à l'enfance, évoquée notamment dans sa nouvelle " Giovanni Moroni " (dans le recueil Le Poète assassiné), et déjà présent dans son album de jeunesse dit " Cahier de Stavelot ". Il avait gardé plusieurs marionnettes chez lui.

" Un Buveur d'absinthe qui a lu Victor Hugo.
Scène de guignol.
Le juge. L'accusé. Un gendarme.
par
W. de Kostrowitzky
Le Juge. - Accusé ! Considérant qu'il est avéré que vous vous laissez trop aller à boire de l'absinthe ; considérant que dans l'état d'ébriété où cette liqueur vous laisse, vous rossez votre malheureuse femme et vos enfants, nous vous condamnons à 27 coups de rotin... Avez-vous quelque chose à dire pour votre défense ?...
L'accusé. - Monsieur le juge ! Voici ce que je dirai pour me disculper de ce titre de mauvais père de famille que vous me donnez. Tous les mois une de mes tantes qui habite la campagne m'envoie un grand pot de miel que je laisse en entier à ma femme et à mes enfants ; me contentant de boire ces quelques"Pernod" que vous me reprochez. J'ai fait deux parts en cette vie si dure...
(Sanglots dans l'auditoire)...
Toujours je pris l'absinthe et leur laissai le miel !...
(Bravo ! Bravo !) "
... Kostrowitsky 1896 "

Un ressort comique fondé sur une parodie de Victor Hugo. Comme annoncé au titre, le mot de la fin (qui joue sur l'opposition biblique du miel et de l'absinthe) reprend deux vers d'un poème des Feuilles d'automne, " La Prière pour tous ", évoquant la mère qui " Faisant pour toi deux parts dans cette vie amère, / Toujours a bu l'absinthe et t'a laissé le miel ".
Les dessins d'Apollinaire ajoutent ici comme une morale à sa fable de guignol : le père indigne retourne l'image biblique magnifiée par Hugo, pour grimer son vice en vertu, et la menace du gendarme qui pesait sur lui s'abat finalement sur le juge.

" Et moi aussi je suis peintre " (premier titre de ce qui deviendrait Calligrammes). Amant de Marie Laurencin, ami de Braque, Robert et Sonia Delaunay, Derain ou Picasso, Apollinaire accorda toujours une grande attention aux arts : il publia des articles et ouvrages de critique généreux envers l'avant-garde, comme Méditations esthétiques. Les Peintres cubistes (1913). Il pratiqua lui-même le dessin et la peinture depuis ses années de collège : plusieurs cahiers et carnets de jeunesse révèlent comment l'écrivain cherchait sa voix et comment ses dessins, en appoint des textes, abordaient déjà ses thèmes de prédilection : choses vues et scènes nocturnes, sujets religieux, portraits et autoportraits caricaturaux... Quand Apollinaire s'affirma comme poète, il continua de pratiquer le dessin comme un prolongement de l'écriture, mettant en œuvre le principe énoncé en 1917 dans son ouvrage L'Esprit nouveau et les poètes : " On peut être poète dans tous les domaines : il suffit que l'on soit aventureux et que l'on aille à la découverte ". Le dessin et la peinture jouèrent un rôle grandissant dans sa vie : il couvrit ainsi les manuscrits et épreuves du Bestiaire de dessins marginaux, enrichit de poèmes et dessins les lettres envoyées pendant la guerre à Louise de Coligny-Châtillon : " Que Lou dise à Gui si les dessins de Gui l'amusent, et lui plaisent, si les vers lui plaisent aussi... " (29 avril 1915).

" Les dessins d'Apollinaire, à plus d'un titre, servent à mieux pénétrer dans son œuvre. Plus immédiats que les mots [...], ils expriment autrement, mais plus directement, les affects qui sont en jeu dans l'écriture. Les grimaces des humains, la dislocation et le morcellement de leur corps, la grâce des animaux, la juxtaposition d'objets disparates, les paysages rêvés, sont autant de motifs qui entrent en résonnance avec l'univers du mal-aimé. Un univers souvent chaotique [...], dérangeant, mais libérateur et créatif " (Claude Debon, p. 13).

Expositions
- LA BIBLIOTECA DI GUILLAUME APOLLINAIRE A ROMA. Rome, Galleria Francese di Piazza Navona, 12 février-12 mars 1996. Reproduction p. 55 du catalogue.
- GUILLAUME APOLLINAIRE. 1880-1918. Paris, Bibliothèque historique de la ville de Paris, 20 juin-5 octobre 1991, n° 24 du catalogue.

Bibliographie
- APOLLINAIRE (Guillaume). Œuvres en prose complètes. Paris, Nrf, Pléiade, 1993, t. III, p. 1006, et notes p. 1329. Reproduction p. 1005.
- DEBON (Claude) et Peter READ. Les Dessins de Guillaume Apollinaire. Paris, Éditions Buchet-Chastel, 2008. Reproduction p. 32.
- DESSINS D'ECRIVAINS. Paris, Éditions du Chêne, 2003. Reproduction p. 66.
- FAUCHEREAU (Serge). Peintures et dessins d'écrivains. Paris, Éditions Belfond, 1991. Reproduction p. 22.

Estimation 8 000 - 10 000 €

Vendu 10 201 €
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Détails de la vente

Vente : 2129
Date : 14 févr. 2012 14:30

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« Dessins d’écrivains » Collection Pierre et Franca Belfond