Y a-t-il encore un marché
pour le mobilier classique ?

Par Isabelle Bresset, directeur du département Mobilier et Objets d’Art

Tableau Automate
Tableau automate à cascades avec horlode d’époque Louis XVI
Vendue 182 000 €

Peut-on encore parler de marché pour le mobilier et les objets d’art ?

Isabelle Bresset : Les derniers résultats des ventes aux enchères consacrées aux meubles et aux objets d’art ont montré la forte résilience de ce marché face aux changements de mode et surtout de mode de vie. Dans un environnement qui a été déstabilisé par des affaires de faux, le marché a même repris des couleurs. Eloigné des considérations spéculatives il bénéficie d’une saine stabilité et offre régulièrement de bonnes surprises sous réserve de faire les bons choix. En outre, la crise que nous traversons risque de remettre en cause nombreuses de nos valeurs, habitudes et façons de vivre. Peut-être que s’étendra alors le goût de l’artisanat, du savoir-faire, de la pièce unique qui émerveille.

 

D’où vient cette résistance ?

IB : Mené par la sculpture et les objets d’art précieux qui obtiennent les plus hautes enchères ces dernières années, le marché du mobilier classique confirme sa résilience. Les arts décoratifs du XVIIIe siècle et notamment français restent une référence en matière de luxe, d’excellence et d’art de vivre. Leur réputation est née dès le XVIIe siècle et leur emblème est Versailles, derrière lequel se cache tout un ensemble de marchands-merciers - antiquaires et faiseurs de goût de l’époque - qui, tout au long du XVIIIe siècle, au moyen d’un réseau d’ornemanistes, architectes, artisans de toutes sortes et spécialités, diffusent le raffinement français auprès d’une clientèle internationale au travers de leurs articles et inventions.

 

 

Bureau Mazarin
Bureau Mazarin d’époque Louis XIV
Attribué à Nicolas Sageot (1666-1731)
Vendu 117 000 €

Peut-on encore attendre de bonnes surprises ?

IB : Depuis le début du XXIe siècle, le mobilier et les arts décoratifs du XVIIIe siècle ont perdu de leur attrait du fait de l’engouement viral pour l’ameublement du XXe siècle, le design et les créations contemporaines. Cependant, si la publicité est moindre, certaines pièces atteignent encore des sommets.

 

Par exemple, en 2019, chez Artcurial, une allégorie de l’Architecture d’après Giambologna (1529-1608) dépassa 3,7M€. Une paire de flambeaux en argent exécutés par le célèbre orfèvre Jacques Nicolas Roettiers (1736-1788) pour le service Orloff, commandé par Catherine II de Russie en 1769, atteignit 182 000 € comme une rare pendule automate d’époque Louis XVI ou une commode d’époque Régence par Thomas Hache (1664-1747), membre éminent d’une dynastie d’ébénistes de Grenoble qui depuis toujours soulève un immense enthousiasme auprès des collectionneurs.

 

Bien entendu une hirondelle ne fait pas le printemps. Et ce marché offre aussi l’occasion de dénicher des pièces uniques au charme et à la qualité incomparables. En dessous de 5 000 € on pouvait acquérir l’année dernière chez Artcurial, un ravissant tabouret Louis XV, une paire d’élégants flambeaux de bronze doré d’époque Louis XVI, une magnifique paire de consoles italiennes d’époque rococo en bois doré à décor déchiqueté de rocaille pour personnaliser son intérieur ou encore pour les amateurs de curiosités, un cabinet d’Augsbourg du XVIe siècle.

 

ArgenterieQuels critères faut-il privilégier ?

IB : Il est certain qu’aujourd’hui, outre l’époque, la qualité d’exécution, le nom de l’artisan, ou même l’usage, ce sont de nouveaux critères qui prennent la relève aux yeux de bon nombre d’amateurs. À certains égards la puissance décorative et le caractère l’emportent. Des meubles du XIXe siècle peuvent obtenir des enchères au-delà de ce qu’une belle pièce du XVIIIe siècle trop classique ne pourrait jamais espérer. La provenance peut faire devenir fou. Sans parler des provenances royales et aristocratiques ou des collections historiques, qui incontestablement défraient la chronique, certaines autres donnent un prestige ou rassurent. C’est ainsi qu’Artcurial a vendu sous le marteau du feu et regretté François Tajan, un petit bureau de style Louis XV en placage de bois de rose fort simple pour la somme démesurée de 140 000 € parce qu’il venait de la suite dite Chanel au Ritz… donc la provenance n’est pas seulement un gage d’authenticité et de goût, elle peut aussi être un piège !

 

 

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Carine Decroi