« J’ai fait de la gravure parce que, avec la gravure quelque chose apparaissait qui ne pouvait apparaitre avec la peinture »

Pierre Soulages

L’œuvre du peintre Pierre Soulages est immense. Et sa renommée aujourd’hui universelle. Ses tableaux jalonnent par périodes successives toute l’histoire de la création artistique de la deuxième moitié du XXe siècle jusqu’à aujourd’hui. À cette présence continue et au faîte s’ajoute un acte majeur : la commande publique pour les vitraux de l’abbatiale de Conques, inaugurés en 1994, qui a renouvelé l’art du vitrail contemporain.

 

Pierre Soulages
Pierre Soulages (né en 1919)
Eau-forte XXII, 1973

D’autre part, Pierre Soulages n’est pas resté indifférent à l’art de l’estampe. Cet intérêt peut sembler paradoxal, si l’on tient compte de son exercice de la peinture, direct, immédiat et contrôlé, et des techniques spécifiques que requiert la gravure à considérer la double manipulation que nécessitent sa fabrication sur un support puis son impression sur une feuille de papier. Chacun des tableaux de Pierre Soulages est unique, tandis que la définition même de la gravure est sa reproductibilité. Ajoutons que sa peinture, quel que soit son format, est monumentale, elle possède une présence physique, elle s’affirme sur le mur, impose sa distance, alors qu’une gravure est de l’ordre de l’intime, elle se consulte, s’apprécie, elle se tient avec les mains, puis se range dans un carton, comme Honoré Daumier l’a si bien montré dans son tableau L’amateur d’estampes. Pourtant, dès 1952, invité à l’atelier Lacourière à Paris, Pierre Soulages s’est intéressé à cette forme d’expression et aux différents moyens de la pratiquer, l’eau forte, la lithographie et même la sérigraphie. Il en a su rapidement faire un usage correspondant à ses visées, notamment dans sa façon totalement inédite d’utiliser la technique de l’eau-forte à partir de 1957 et d’en obtenir des résultats sans nul autre équivalent. La gravure a donc retenu l’artiste non comme une paraphrase ou un accompagnement de son œuvre peint, mais comme une forme d’expression en soi qui lui aura offert d’avoir un propos nouveau et différent. Sa production est demeurée cependant restreinte : 45 eaux-fortes, 49 lithographies, 26 sérigraphies au total, de 1952 à 2008, c’est peu, comparé aux 395 pièces réalisées par Zao Wou-Ki ou aux 605 de Hans Hartung. De son côté dans un autre champ de l’abstraction, Aurèlie Nemours, qui s’est beaucoup consacrée - dès ses débuts - à la gravure, compte-t-elle dans son œuvre 257 numéros.

 

Par l’originalité de ses techniques de mise en œuvre et la qualité des effets obtenus, malgré son nombre restreint, l’oeuvre gravé de Pierre Soulages dont quelques-uns des plus beaux exemples, présentés en hommage par Artcurial, s’affirme bien comme une des composantes à part entière de l’univers de l’artiste.

 

Serge Lemoine

 

Informations
Exposition : Les 8, 9, 10, 11, 12 et 13 décembre 2017

Vente aux enchères : Mercredi 13 décembre 2017, à 19h

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Contact Actualités
Carine Decroi
cdecroi@artcurial.com