Émile Zola, photographe

Texte de François Émile-Zola – Massin, Zola photographe, Paris, Hoëbeke, 1990

Emile Zola Autoportrait
Émile Zola (1840-1902)
Autoportrait d’Émile Zola examinant un révélateur dans un verre gradué, Circa 1895-1900
Estimation : 600-800 €

En 1888, Zola passe ses vacances à Royan. Cette année-là, il a deux révélations : l’amour, avec Jeanne Rozerot, une jeune lingère engagée par sa femme, et la photographie grâce à des amis.

Pourtant, ce n’est qu’en 1894 que l’auteur des Rougon-Macquart s’adonne avec passion à cet art.

Durant les huit années qui suivent (jusqu’à sa mort en 1902), il va prendre plusieurs milliers de clichés. Il n’achète pas moins de dix appareils, braque son objectif sous tous les angles, utilise des formats insolites et installe, dans les sous-sols de ses différentes résidences, trois laboratoires de développement.

 

A Médan, où il passe près de huit mois de l’année, Zola photographie ses amis, ses constructions nouvelles, mais aussi les domestiques, le cheval, la vache, les chiens, la basse-cour et les trains (ceux de La Bête humaine) qui passent au bas de la propriété. A Verneuil, où il se rend chaque jour, Zola s’invente une seconde famille. Car deux enfants sont nés de sa passion pour Jeanne. L’écrivain photographie la jeune femme dans tous ses atours, ou bien encore à sa couture, arrangeant les fleurs d’un bouquet, se délassant avec un livre. Plus tard, ce seront les longues randonnées à bicyclette dans les bois alentour. A Paris comme à Londres (durant les onze mois d’exil auquel le condamna son attitude courageuse dans l’affaire Dreyfus), l’écrivain est attentif aux mêmes scènes de la vie quotidienne. Et lorsque s’ouvre l’Exposition de 1900, il y passe de nombreuses heures et célèbre ainsi, à sa manière, l’aurore d’un siècle nouveau.

 

Émile Zola (1840-1902)  Jacques, 1898 ou 1899
Émile Zola (1840-1902)
Jacques - 1898 ou 1899
Estimation : 1 500-2 000 €

Mais s’il donne sa préférence au mouvement et aux sujets naturalistes, c’est pourtant dans le portrait que Zola photographe atteint la perfection de son art. Refusant de sacrifier aux habitudes de l’époque, il dresse une toile de fond neutre et bannit tous les accessoires alors en vogue tels que banquette, balustrade ou guéridon. Il joue avec la lumière dont il dit : « C’est elle qui dessine autant qu’elle colore. C’est la vie elle-même.»

« Mes souvenirs visuels ont une puissance, un relief extraordinaire, écrit-il encore. Quand j’évoque les objets que j’ai vus, je les revois tels qu’ils sont réellement, avec leurs lignes, leurs formes, leurs couleurs, leur odeur, leur son. C’est une matérialisation à outrance : le soleil qui les éclairait m’éblouit presque. »

Ce fonds photographique nous restitue, en même temps qu’un art de vivre à la fin du siècle dernier, la somme documentaire et la vision naturaliste d’un grand écrivain en marge de son œuvre romanesque.

 

 

 

Informations
Exposition : Le 30 novembre, les 1er et 2 décembre 2017

Vente aux enchères : Lundi 4 décembre 2017, 19h

Consulter le catalogue de la vente

 

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Carine Decroi
cdecroi@artcurial.com