Avant les enchères, le vin reste un produit agricole  
 

Un épisode très sévère de gel « noir » a impacté l’ensemble de notre vignoble national au début de ce mois d’avril 2021. Cet évènement nous montre, de façon cruelle, ce que l’on peut parfois oublier dans la fièvre des enchères : le vin reste avant tout un produit agricole.

 

L’ensemble des syndicats de producteurs attend les retours du terrain, mais l’on peut d’ores et déjà tracer un profil de la catastrophe climatique qui a touché le vignoble français. D’une façon générale, on parle d’un taux de dégâts de 30 à 80 % selon les vignobles.

 

Stimulés par un début de printemps très (trop) clément, les cépages les plus précoces dont les bourgeons avaient démarrés n’ont pas pu résister à la soudaine vague de froid de la semaine du 5 avril 2021.

 

Le Bordelais a été durement touché notamment dans le sud du vignoble sur le secteur des Graves et du Sauternais. Le Libournais et l’Entre Deux Mers sont également concernés, laissant seul, le Médoc un peu épargné.

 

La Bourgogne, toutes zones confondues, sera sans doute au-delà de 50 % de dégâts. Les Bourguignons ont l’habitude de lutter contre les gels de printemps, mais malgré les nombreuses contre-mesures mises en place le résultat est vraiment décevant.

 

Les vignobles de la Vallée du Rhône sont touchés avec un taux record de 80 %. Ce qui encore une fois est exceptionnel c’est l’uniformité des dégâts, car bien souvent les zones de gel sont plus ciblées, localisées et dispersées.

 

Les régions Languedoc et Roussillon sont très durement impactées : à hauteur d’au moins 70 % pour la première et dans une moindre mesure entre 20 et 50 % pour la seconde. Une vendange 2021 au moins divisée par 2, semble se profiler pour ce très important bassin de production français.

 

Dans la région Centre, c’est la Touraine qui semble avoir payé le plus lourd tribut (Saint Nicolas de Bourgueil, Chinon …). Même si les zones de gel sont ici plus hétérogènes entre le Sancerrois, l’Anjou et la Touraine.

 

La Savoie et le Jura n’ont pas été épargnés. La situation devient très tendue pour le vignoble jurassien dont les dégâts atteignent jusqu’à 90 % dans certains secteurs (à l’exception d’Arbois et de Château Chalon). Sur les 5 dernières années seules 2018 et dans une moindre mesure 2020 ont été « normales » en termes de volumes de production.

 

La Champagne voit les dégâts qui lui ont été infligés essentiellement concentrés sur le Chardonnay, qui fait partie des cépages précoces. Une estimation actuelle donne un chiffre de 20 à 70 % de dégâts suivant les secteurs.

 

Dans cet océan de mauvaises nouvelles, seules l’Alsace et les Charentes (Cognac) ont été épargnées. Le vignoble Alsacien, compte tenu de sa situation géographique et son climat continental, accusait en effet un certain retard dans le développement de la vigne, ce qui lui a été salvateur.

 

Face à de tels épisodes de gels, passons en revue les différentes techniques de lutte dont les vignerons disposent :

Un premier groupe de méthodes est basé sur le constat que l’air est légèrement plus chaud au-dessus des vignes qu’au niveau du sol. L’objectif est donc procéder au brassage de ces couches d’air afin de réchauffer globalement les ceps. On utilise pour ce faire de grands ventilateurs fixes ou mobiles installés au milieu du vignoble, ou bien même un hélicoptère qui permet bien souvent de traiter de plus grandes surfaces.

 

Un second axe de lutte se base simplement sur le réchauffement de l’air autour des vignes par la mise en place soit de bougies, soit de chauffages pulsant de l’air chaud.

 

Enfin Une technique plus étonnante que les précédentes recours à l’aspersion d’eau sur les bourgeons à protéger. Paradoxalement la constitution de la glace autour des jeunes pousses dégage un peu d’énergie (thermodynamique), juste suffisante pour passer le mauvais cap.

 

Aujourd’hui, les espoirs des producteurs se tournent d’une part vers les dispositifs d’indemnisations mis en place par l’état, pour tenir les prochains mois notamment en termes de trésorerie. D’autre part dans quelques semaines, un bilan plus précis des dégâts réels pourra être tiré sur le terrain et on pourra constater l’hypothétique démarrage des « contre-bourgeons ». Ceux-ci peuvent parfois être fructifères même si l’on sait déjà que pour le Chardonnay par exemple, très durement touché par cette crise, ce n’est jamais le cas. En effet La capacité des bourgeons secondaires à donner des grappes diffère d’un cépage à l’autre.

 

Les mois qui viennent seront donc difficiles à gérer pour nos producteurs déjà malmenés par la crise sanitaire de la COVID 19.

 

Luc Dabadie, Expert

 

(Sources des Données : https://www.larvf.com/  - https://www.lepoint.fr/ - https://www.ouest-france.fr/ - https://www.vitisphere.com/ - https://abonne.lunion.fr/ - https://www.lanouvellerepublique.fr/)

 

 

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