Sale Old Master & 19th  Century Art - 21 march 2018 /Lot 9 Nicolas Tournier Montbéliard, 1590 - Toulouse, 1639 Midas aux oreilles d'âne

  • Nicolas Tournier Montbéliard, 1590 - Toulouse, 1639 Midas aux oreilles d'âne Huile sur toile
Nicolas Tournier Montbéliard, 1590 - Toulouse, 1639
Midas aux oreilles d'âne
Huile sur toile

Midas with donkey's ears, oil on canvas, by N.Tournier
h: 71 w: 54 cm

Provenance : Acquis auprès de la galerie Maurizio Nobile, Paris, en 2011 par l'actuel propriétaire ;
Collection particulière, Paris


Expositions : 'Fior di Barba. La barbe dans l'Art du XVIe au XXIe siècle entre Sacré et Profane', Paris, galerie Maurizio Nobile, 3 novembre - 23 décembre 2011, p. 22-23, fig. 4

Bibliographie : Axel Hémery, in 'Regards croisés sur quatre tableaux caravagesques', Paris, galerie Jacques Leegenhoek, 2012, mentionné p. 30

Commentaire : A un moment où le maniérisme de la seconde renaissance connait un profond essoufflement dû à la disparition de ses derniers représentants talentueux, la révolution artistique instiguée par le seul Caravage en Italie donne un nouvel élan créatif puissant en s'opposant rigoureusement aux codes esthétiques qui s'étaient alors installés dans les ateliers d'artistes. Fort d'une rare indépendance plastique, il jette les bases d'un nouveau style qui éblouira toute une génération d'artistes. Mais cette rupture aussi audacieuse qu'autoritaire suscita également incompréhensions et moqueries parmi lesquelles celles de Nicolas Poussin devant les toiles de la chapelle Contarelli demeurèrent célèbres.
Seulement, la critique du maître français de la peinture classique n'emporta pas l'enthousiasme contagieux qui se propagea dans toute l'Europe au tournant du XVIIe siècle. Espagnols, hollandais, flamands, français tous les jeunes artistes se ruent alors à Rome pour y admirer ces œuvres d'un nouveau genre et participer à la révolution qui est en marche. L'Occident sera alors marqué de façon fulgurante par ce qui est considéré comme un courant pictural autonome, le caravagisme.
La particularité française, et non des moindres, sera principalement géographique. S'il est entendu que la Cour et le roi avaient eu écho de cette peinture nouvelle - Louis XIV possédait dans sa collection parmi les plus beaux Valentin - le courant caravagesque ne va toutefois pas directement toucher les ateliers artistiques parisiens, d'abord marqués par un atticisme minutieux sous Louis XIII, duquel seul Simon Vouet semblait enclin à se défaire, puis dépendant du Grand Style de Le Brun sous Louis XIV. En revanche, d'importants foyers vont s'activer dans les régions. Les plus fameux et les plus productifs seront les foyers lorrain et toulousain, Nicolas Tournier étant regardé comme le chef de file de ce dernier.

Malgré le travail approfondi des historiens de l'art et plus particulièrement celui d'Axel Hemery qui voit dans notre œuvre une redécouverte datant de sa période romaine, le mystère demeure sur la formation de notre artiste ainsi que sur le contexte exact de son voyage en Italie. Néanmoins, il apparait aujourd'hui de façon certaine qu'il côtoya durant son long passage romain les jeunes artistes gravitant autour de l'atelier de Bartolomeo Manfredi, tels que Valentin ou Régnier. La 'Manfrediana Methodus' découlant de l'art du Caravage, est alors en vogue et Tournier en deviendra l'un des plus virtuoses prophètes. Le traitement absolument inédit de la lumière, reposant sur la représentation des violents contrastes que proposent les ombres et dont Le Caravage fut l'inventeur, se retrouve alors dans les travaux de Tournier.
Notre œuvre constitue un témoignage précieux de ce clair-obscur caravagesque par l'un de ses plus brillants suiveurs. Nicolas Tournier, reprenant les canons esthétiques de son mentor, propose une version résolument moderne du mythe du roi Midas. Jaloux du succès prodigieux que le son de sa lyre offrit à Apollon, au cours d'un concours qui opposait ce dernier au dieu Pan, Midas refusa de donner son vote au jeune dieu qui le punit en lui jetant un sort : il affubla le roi de deux grandes oreilles d'âne. Réemployant un modèle déjà présent à droite du 'Reniement de Saint Pierre' (fig. 1), Nicolas Tournier traduit brillamment en peinture l'expressivité de l'orgueil qui coûta au roi ses deux oreilles. Le héros malheureux vient alors de recevoir le sort jeté par Apollon, les oreilles sont sur le point d'être définitivement transformées. Dans son œil, semble se lire un mélange d'angoisse et d'assurance : il redoute ce sort qu'il vient de recevoir mais dont il ne peut encore percevoir les conséquences. A cette justesse de l'expression, s'ajoute l'habileté de la technique, l'assurance dans l'apposition du pinceau et de la couleur, faisant de notre tableau le témoignage rare et éloquent du caravagisme français.

Estimation 100 000 - 150 000 €

Lot 9

Nicolas Tournier Montbéliard, 1590 - Toulouse, 1639
Midas aux oreilles d'âne

Estimation 100,000 - 150,000 € [$]

Nicolas Tournier Montbéliard, 1590 - Toulouse, 1639
Midas aux oreilles d'âne
Huile sur toile

Midas with donkey's ears, oil on canvas, by N.Tournier
h: 71 w: 54 cm

Provenance : Acquis auprès de la galerie Maurizio Nobile, Paris, en 2011 par l'actuel propriétaire ;
Collection particulière, Paris


Expositions : 'Fior di Barba. La barbe dans l'Art du XVIe au XXIe siècle entre Sacré et Profane', Paris, galerie Maurizio Nobile, 3 novembre - 23 décembre 2011, p. 22-23, fig. 4

Bibliographie : Axel Hémery, in 'Regards croisés sur quatre tableaux caravagesques', Paris, galerie Jacques Leegenhoek, 2012, mentionné p. 30

Commentaire : A un moment où le maniérisme de la seconde renaissance connait un profond essoufflement dû à la disparition de ses derniers représentants talentueux, la révolution artistique instiguée par le seul Caravage en Italie donne un nouvel élan créatif puissant en s'opposant rigoureusement aux codes esthétiques qui s'étaient alors installés dans les ateliers d'artistes. Fort d'une rare indépendance plastique, il jette les bases d'un nouveau style qui éblouira toute une génération d'artistes. Mais cette rupture aussi audacieuse qu'autoritaire suscita également incompréhensions et moqueries parmi lesquelles celles de Nicolas Poussin devant les toiles de la chapelle Contarelli demeurèrent célèbres.
Seulement, la critique du maître français de la peinture classique n'emporta pas l'enthousiasme contagieux qui se propagea dans toute l'Europe au tournant du XVIIe siècle. Espagnols, hollandais, flamands, français tous les jeunes artistes se ruent alors à Rome pour y admirer ces œuvres d'un nouveau genre et participer à la révolution qui est en marche. L'Occident sera alors marqué de façon fulgurante par ce qui est considéré comme un courant pictural autonome, le caravagisme.
La particularité française, et non des moindres, sera principalement géographique. S'il est entendu que la Cour et le roi avaient eu écho de cette peinture nouvelle - Louis XIV possédait dans sa collection parmi les plus beaux Valentin - le courant caravagesque ne va toutefois pas directement toucher les ateliers artistiques parisiens, d'abord marqués par un atticisme minutieux sous Louis XIII, duquel seul Simon Vouet semblait enclin à se défaire, puis dépendant du Grand Style de Le Brun sous Louis XIV. En revanche, d'importants foyers vont s'activer dans les régions. Les plus fameux et les plus productifs seront les foyers lorrain et toulousain, Nicolas Tournier étant regardé comme le chef de file de ce dernier.

Malgré le travail approfondi des historiens de l'art et plus particulièrement celui d'Axel Hemery qui voit dans notre œuvre une redécouverte datant de sa période romaine, le mystère demeure sur la formation de notre artiste ainsi que sur le contexte exact de son voyage en Italie. Néanmoins, il apparait aujourd'hui de façon certaine qu'il côtoya durant son long passage romain les jeunes artistes gravitant autour de l'atelier de Bartolomeo Manfredi, tels que Valentin ou Régnier. La 'Manfrediana Methodus' découlant de l'art du Caravage, est alors en vogue et Tournier en deviendra l'un des plus virtuoses prophètes. Le traitement absolument inédit de la lumière, reposant sur la représentation des violents contrastes que proposent les ombres et dont Le Caravage fut l'inventeur, se retrouve alors dans les travaux de Tournier.
Notre œuvre constitue un témoignage précieux de ce clair-obscur caravagesque par l'un de ses plus brillants suiveurs. Nicolas Tournier, reprenant les canons esthétiques de son mentor, propose une version résolument moderne du mythe du roi Midas. Jaloux du succès prodigieux que le son de sa lyre offrit à Apollon, au cours d'un concours qui opposait ce dernier au dieu Pan, Midas refusa de donner son vote au jeune dieu qui le punit en lui jetant un sort : il affubla le roi de deux grandes oreilles d'âne. Réemployant un modèle déjà présent à droite du 'Reniement de Saint Pierre' (fig. 1), Nicolas Tournier traduit brillamment en peinture l'expressivité de l'orgueil qui coûta au roi ses deux oreilles. Le héros malheureux vient alors de recevoir le sort jeté par Apollon, les oreilles sont sur le point d'être définitivement transformées. Dans son œil, semble se lire un mélange d'angoisse et d'assurance : il redoute ce sort qu'il vient de recevoir mais dont il ne peut encore percevoir les conséquences. A cette justesse de l'expression, s'ajoute l'habileté de la technique, l'assurance dans l'apposition du pinceau et de la couleur, faisant de notre tableau le témoignage rare et éloquent du caravagisme français.

Estimation 100 000 - 150 000 €

Sale’s details

Sale: 3254
Date: 21 mar. 2018 19:00
Auctioneer: Matthieu Fournier

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Matthieu Fournier
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mfournier@artcurial.com

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Old Master & 19th Century Art