Sale Old Master & 19th  Century Art - 09 november 2022 /Lot 108 Laurent de La Hyre (1606-1656) Narcisse

  • Laurent de LA HYRE Paris, 1606 - 1656 Narcisse Huile sur toile
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Laurent de LA HYRE Paris, 1606 - 1656
Narcisse
Huile sur toile
(Petits manques)

Narcissus, oil on canvas, by L. de La Hyre
h: 100 w: 136,50 cm

Provenance : Vente anonyme ; Londres, Christie's, 19 juillet 1929, n° 111

Bibliographie : Pierre Rosenberg et Jacques Thuillier, 'Laurent de La Hyre 1606-1656. L'homme et l'oeuvre', Genève, 1988, p. 242, n° 199, repr.

Commentaire : Dans un calme paysage, le jeune et beau Narcisse " épuisé par une chasse animée sous la chaleur ", s'est allongé près d'une source " limpide, aux ondes brillantes et argentées ", pour s'y désaltérer, mais - continue Ovide - " tandis qu'il désire apaiser sa soif, une autre soif grandit en lui : en buvant, il est saisi par l'image de la beauté qu'il aperçoit. (…) Il est ébloui par sa propre personne et, visage immobile, reste cloué sur place, telle une statue en marbre de Paros. Couché par terre, il contemple deux astres, ses propres yeux, et ses cheveux, dignes de Bacchus, dignes même d'Apollon, ses joues d'enfant, sa nuque d'ivoire, sa bouche parfaite et son teint rosé mêlé à une blancheur de neige. Admirant tous les détails qui le rendent admirable, sans le savoir, il se désire et, en louant, il se loue lui-même ; (…) il embrase et brûle tout à la fois. Que de fois il a donné de vains baisers à la source fallacieuse, que de fois il a plongé ses bras au milieu des ondes pour saisir la nuque entrevue, sans se capturer dans l'eau ! 1". La célèbre histoire de Narcisse, tombé amoureux de son propre reflet et qui, ne pouvant le saisir, se laissa mourir de chagrin avant de se changer en la fleur qui porte son nom, est contée par Ovide dans ses 'Métamorphoses', source d'inspiration intarissable pour les artistes et particulièrement illustrée par la peinture d'histoire du XVIIe siècle.
Le merveilleux tableau de Laurent de La Hyre que nous présentons ici, dont la trace avait été perdue après son passage en vente en 1929 et qui réapparaît dans un merveilleux état de conservation, en est un témoignage magistral. Le peintre y démontre sa culture classique et sa grande admiration pour les anciens, servies par un pinceau délicat et une singulière poésie qui n'appartiennent qu'à lui. Avec beaucoup de sensibilité esthétique, La Hyre a placé dans le site idéal décris par Ovide un rebord de pierres circulaire, fragmentaire, moussu et brisé par endroits, pour enchâsser les eaux limpides de la source. A ses côtés, un imposant bloc de pierre sculpté d'un relief représentant un sacrifice antique, sert d'accotoir à deux nymphes, dont l'une évoque sans doute Echo, éconduite par le beau Narcisse et réduite progressivement à sa simple voix par le chagrin, dont Ovide indique la présence compatissante auprès du jeune homme jusqu'à sa mort. La singularité de la composition imaginée par La Hyre réside également dans la présence de ces deux lévriers traités avec un réalisme trahissant le goût du peintre pour la chasse2, dont les yeux doux et profonds semblent témoigner de l'inquiétude pour leur maître perdu dans sa contemplation. Ils sont tenus en laisse par deux amours, venus déposséder Narcisse de sa passion première et pointant d'un doigt moqueur la nouvelle.
Cette composition et cinq autres firent l'objet d'une tenture dite " des Amours des dieux ", inventoriée en 1673 dans le Mobilier de la Couronne. Disparate dans les sujets et les formats, elle rassemble des tapisseries inspirées de tableaux de Laurent de La Hyre qui, comme celui que nous présentons ici, ne semblent pas avoir été conçus dans cette perspective et ne constituent pour aucun des cartons de tapisserie. Elle dut donc être réalisée a posteriori, sans doute dans les années 1640, en lien avec Alexandre de Comans, qui dirigeait la manufacture du faubourg Saint-Marcel. Parmi les tableaux répertoriés qui ont inspiré cette tenture, 'L'Enlèvement d'Europe', conservé au Museum of Fine Arts de Houston, est en effet daté de 1644 3. Plusieurs tapisseries illustrant notre Narcisse sont conservées, et deux copies du tableau sont répertoriées4, témoignant du succès de cette composition.
Laurent de La Hyre ne fit jamais le voyage à Rome et son œuvre est volontiers considéré comme résolument français. Issu de l'atelier de Georges Lallemant, ses débuts témoignent d'une grande observation du maniérisme bellifontain avant de se trouver une manière propre, empreinte à la fois de réalisme et de lyrisme, qui lui permet de rivaliser avec Simon Vouet et lui vaut de nombreuses commandes religieuses et privées. Le bref séjour de Nicolas Poussin à Paris entre 1640 et 1642 marque le retour du goût pour l'Antique et le classicisme dans la capitale et fut à l'origine de l'" atticisme parisien " dont Laurent de La Hyre, avec ses compositions élégantes et délicates, fut l'un des principaux représentants.

1. Ovide, 'Les Métamorphoses', livre 3.
2. J. Thuillier et P. Rosenberg, 'op. cit.', p. 163.
3. J. Thuillier et P. Rosenberg, 'op. cit.', p. 240-245, n° 198-203.
4. Alger, musée des Beaux-Arts et vente à Paris, Hôtel Drouot, 27 juin 1959.

Estimation 200 000 - 300 000 €



Sold 918,400 €
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Lot 108

Laurent de La Hyre (1606-1656)
Narcisse

Sold 918,400 € [$]

Laurent de LA HYRE Paris, 1606 - 1656
Narcisse
Huile sur toile
(Petits manques)

Narcissus, oil on canvas, by L. de La Hyre
h: 100 w: 136,50 cm

Provenance : Vente anonyme ; Londres, Christie's, 19 juillet 1929, n° 111

Bibliographie : Pierre Rosenberg et Jacques Thuillier, 'Laurent de La Hyre 1606-1656. L'homme et l'oeuvre', Genève, 1988, p. 242, n° 199, repr.

Commentaire : Dans un calme paysage, le jeune et beau Narcisse " épuisé par une chasse animée sous la chaleur ", s'est allongé près d'une source " limpide, aux ondes brillantes et argentées ", pour s'y désaltérer, mais - continue Ovide - " tandis qu'il désire apaiser sa soif, une autre soif grandit en lui : en buvant, il est saisi par l'image de la beauté qu'il aperçoit. (…) Il est ébloui par sa propre personne et, visage immobile, reste cloué sur place, telle une statue en marbre de Paros. Couché par terre, il contemple deux astres, ses propres yeux, et ses cheveux, dignes de Bacchus, dignes même d'Apollon, ses joues d'enfant, sa nuque d'ivoire, sa bouche parfaite et son teint rosé mêlé à une blancheur de neige. Admirant tous les détails qui le rendent admirable, sans le savoir, il se désire et, en louant, il se loue lui-même ; (…) il embrase et brûle tout à la fois. Que de fois il a donné de vains baisers à la source fallacieuse, que de fois il a plongé ses bras au milieu des ondes pour saisir la nuque entrevue, sans se capturer dans l'eau ! 1". La célèbre histoire de Narcisse, tombé amoureux de son propre reflet et qui, ne pouvant le saisir, se laissa mourir de chagrin avant de se changer en la fleur qui porte son nom, est contée par Ovide dans ses 'Métamorphoses', source d'inspiration intarissable pour les artistes et particulièrement illustrée par la peinture d'histoire du XVIIe siècle.
Le merveilleux tableau de Laurent de La Hyre que nous présentons ici, dont la trace avait été perdue après son passage en vente en 1929 et qui réapparaît dans un merveilleux état de conservation, en est un témoignage magistral. Le peintre y démontre sa culture classique et sa grande admiration pour les anciens, servies par un pinceau délicat et une singulière poésie qui n'appartiennent qu'à lui. Avec beaucoup de sensibilité esthétique, La Hyre a placé dans le site idéal décris par Ovide un rebord de pierres circulaire, fragmentaire, moussu et brisé par endroits, pour enchâsser les eaux limpides de la source. A ses côtés, un imposant bloc de pierre sculpté d'un relief représentant un sacrifice antique, sert d'accotoir à deux nymphes, dont l'une évoque sans doute Echo, éconduite par le beau Narcisse et réduite progressivement à sa simple voix par le chagrin, dont Ovide indique la présence compatissante auprès du jeune homme jusqu'à sa mort. La singularité de la composition imaginée par La Hyre réside également dans la présence de ces deux lévriers traités avec un réalisme trahissant le goût du peintre pour la chasse2, dont les yeux doux et profonds semblent témoigner de l'inquiétude pour leur maître perdu dans sa contemplation. Ils sont tenus en laisse par deux amours, venus déposséder Narcisse de sa passion première et pointant d'un doigt moqueur la nouvelle.
Cette composition et cinq autres firent l'objet d'une tenture dite " des Amours des dieux ", inventoriée en 1673 dans le Mobilier de la Couronne. Disparate dans les sujets et les formats, elle rassemble des tapisseries inspirées de tableaux de Laurent de La Hyre qui, comme celui que nous présentons ici, ne semblent pas avoir été conçus dans cette perspective et ne constituent pour aucun des cartons de tapisserie. Elle dut donc être réalisée a posteriori, sans doute dans les années 1640, en lien avec Alexandre de Comans, qui dirigeait la manufacture du faubourg Saint-Marcel. Parmi les tableaux répertoriés qui ont inspiré cette tenture, 'L'Enlèvement d'Europe', conservé au Museum of Fine Arts de Houston, est en effet daté de 1644 3. Plusieurs tapisseries illustrant notre Narcisse sont conservées, et deux copies du tableau sont répertoriées4, témoignant du succès de cette composition.
Laurent de La Hyre ne fit jamais le voyage à Rome et son œuvre est volontiers considéré comme résolument français. Issu de l'atelier de Georges Lallemant, ses débuts témoignent d'une grande observation du maniérisme bellifontain avant de se trouver une manière propre, empreinte à la fois de réalisme et de lyrisme, qui lui permet de rivaliser avec Simon Vouet et lui vaut de nombreuses commandes religieuses et privées. Le bref séjour de Nicolas Poussin à Paris entre 1640 et 1642 marque le retour du goût pour l'Antique et le classicisme dans la capitale et fut à l'origine de l'" atticisme parisien " dont Laurent de La Hyre, avec ses compositions élégantes et délicates, fut l'un des principaux représentants.

1. Ovide, 'Les Métamorphoses', livre 3.
2. J. Thuillier et P. Rosenberg, 'op. cit.', p. 163.
3. J. Thuillier et P. Rosenberg, 'op. cit.', p. 240-245, n° 198-203.
4. Alger, musée des Beaux-Arts et vente à Paris, Hôtel Drouot, 27 juin 1959.

Estimation 200 000 - 300 000 €



Sold 918,400 €
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Sale’s details

Sale: 4217
Date: 09 nov. 2022 18:00
Auctioneer: Matthieu Fournier

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Matthieu Fournier
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Kristina Vrzests
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Old Master & 19th Century Art