Sale Books and Manuscripts - 16 october 2013 /Lot 91 JULES LAFORGUE. L.A.S. A THEODORE LINDENLAUB Sans date [Berlin, début mai 1886]. 8 pp. in-12 à l’encre noire sur 2 doubles feuillets...

  • JULES LAFORGUE. L.A.S. A THEODORE LINDENLAUB Sans date [Berlin, début mai 1886]. 8 pp. in-12 à l’encre noire sur 2 doubles feuillets...
JULES LAFORGUE. L.A.S. A THEODORE LINDENLAUB Sans date [Berlin, début mai 1886]. 8 pp. in-12 à l'encre noire sur 2 doubles feuillets de papier vélin. LONGUE ET SUPERBE LETTRE, A LA FOIS EXASPEREE ET IRONIQUE, SUR SA DETESTATION DE BERLIN ET SES PROJETS DE VIE A PARIS.. Théodore Lindenlaub, journaliste et pianiste émérite, s'était lié avec Jules Laforgue lors de son séjour à Berlin, lui-même y étant le correspondant français des Débats. Revenu à Paris au début de 1885, il participa à la fondation de la Revue illustrée. Laforgue était arrivé dans la capitale allemande à la fin 1881 comme lecteur de l'Impératrice. Au bout de cinq années, il est arrivé à un état d'exaspération qui rappelle celui de Baudelaire à Bruxelles : « C'est décidé, archi-décidé. Je vais commencer à expédier mes livres et mes bibelots chez [Gustave] Kahn. J'en ai assez. La perspective de repasser un autre hiver ici, entre l'Oberwaldstrasse, Renz, Bauer, et la Brandburgerthor et le schutzmann devant ma fenêtre et les menues carrioles attelées de roquets faméliques, et le corps de garde en face, et toutes ces têtes de valets à favoris et guêtres café au lait, etc., etc...., cette perspective me pousserait des fois à m'en aller chez les Mormons ou à me faire châtrer pour la Sixtine. C'est mon dernier hiver. » Il imagine sa vie de retour à Paris : « J'arriverai à Paris, je louerai un vague atelier, très haut, un de ceux dont les peintres ne veulent plus. J'aurai 2 000 frs, je suis nippé ultra, j'ai du linge. J'achèterai des draps et un lit canapé, une vaste table, etc... quelques ustensiles de cuisine (je me ferai moi-même mes œufs, mon riz, mon café, mes 3 ou 4 légumes, ce qui avec du Liebig et des olives doit constituer l'alimentation d'un sire de ma trempe). Et je vivrai ainsi, ingénument. J'apporte à Vanier un volume de vers « Incidents de la vérité sur mon cas », (que je lui paierai 100 frs) sur lequel (très clair et très catéchiste sérieusement) je compte. Et un roman en faveur du mariage (avec pivot le charme de la légitimité) etc..., etc... » Si tous ces beaux projets échouent, « plutôt croupir typographe dans un sous-sol que de passer un autre hiver ici. Cinq ans en face des mêmes têtes, c'est trop pour un homme qui n'est pas toujours très sûr d'avoir la sienne. » Et il conclut sur cette pensée : « Vanité, vanité, tout n'est que vanité ! ou plutôt (allons, en chœur, hommes et femmes, une, deux) célibat, célibat, tout n'est que célibat ! »
Estimation 6 000 - 8 000 €

Sold 12,990 €
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Lot 91

JULES LAFORGUE. L.A.S. A THEODORE LINDENLAUB Sans date [Berlin, début mai 1886]. 8 pp. in-12 à l’encre noire sur 2 doubles feuillets...

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JULES LAFORGUE. L.A.S. A THEODORE LINDENLAUB Sans date [Berlin, début mai 1886]. 8 pp. in-12 à l'encre noire sur 2 doubles feuillets de papier vélin. LONGUE ET SUPERBE LETTRE, A LA FOIS EXASPEREE ET IRONIQUE, SUR SA DETESTATION DE BERLIN ET SES PROJETS DE VIE A PARIS.. Théodore Lindenlaub, journaliste et pianiste émérite, s'était lié avec Jules Laforgue lors de son séjour à Berlin, lui-même y étant le correspondant français des Débats. Revenu à Paris au début de 1885, il participa à la fondation de la Revue illustrée. Laforgue était arrivé dans la capitale allemande à la fin 1881 comme lecteur de l'Impératrice. Au bout de cinq années, il est arrivé à un état d'exaspération qui rappelle celui de Baudelaire à Bruxelles : « C'est décidé, archi-décidé. Je vais commencer à expédier mes livres et mes bibelots chez [Gustave] Kahn. J'en ai assez. La perspective de repasser un autre hiver ici, entre l'Oberwaldstrasse, Renz, Bauer, et la Brandburgerthor et le schutzmann devant ma fenêtre et les menues carrioles attelées de roquets faméliques, et le corps de garde en face, et toutes ces têtes de valets à favoris et guêtres café au lait, etc., etc...., cette perspective me pousserait des fois à m'en aller chez les Mormons ou à me faire châtrer pour la Sixtine. C'est mon dernier hiver. » Il imagine sa vie de retour à Paris : « J'arriverai à Paris, je louerai un vague atelier, très haut, un de ceux dont les peintres ne veulent plus. J'aurai 2 000 frs, je suis nippé ultra, j'ai du linge. J'achèterai des draps et un lit canapé, une vaste table, etc... quelques ustensiles de cuisine (je me ferai moi-même mes œufs, mon riz, mon café, mes 3 ou 4 légumes, ce qui avec du Liebig et des olives doit constituer l'alimentation d'un sire de ma trempe). Et je vivrai ainsi, ingénument. J'apporte à Vanier un volume de vers « Incidents de la vérité sur mon cas », (que je lui paierai 100 frs) sur lequel (très clair et très catéchiste sérieusement) je compte. Et un roman en faveur du mariage (avec pivot le charme de la légitimité) etc..., etc... » Si tous ces beaux projets échouent, « plutôt croupir typographe dans un sous-sol que de passer un autre hiver ici. Cinq ans en face des mêmes têtes, c'est trop pour un homme qui n'est pas toujours très sûr d'avoir la sienne. » Et il conclut sur cette pensée : « Vanité, vanité, tout n'est que vanité ! ou plutôt (allons, en chœur, hommes et femmes, une, deux) célibat, célibat, tout n'est que célibat ! »
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Date: 16 oct. 2013 14:30

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