Sale Old Master & 19th  Century Art - 21 march 2018 /Lot 7 Charles Le Brun Paris, 1619 - 1690 Portrait de Charles Perrault (1628 - 1703)

  • Charles Le Brun Paris, 1619 - 1690 Portrait de Charles Perrault (1628 - 1703) Pastel sur papier
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Charles Le Brun Paris, 1619 - 1690
Portrait de Charles Perrault (1628 - 1703)
Pastel sur papier
(Mouillure à droite et en bas)

Portrait of Charles Perrault, pastel, by Ch. Le Brun
h: 53 w: 41 cm

Provenance : Mentionné dans l'inventaire de Charles Perrault de 1672 : " mon portrait en pastel faict par Monsieur le Brun avec sa glace de cristal, sa bordure taillée et dorée de deux piedz de haut " ;
Collection Defer-Dumesnil, son cachet (L. 739) en bas à droite ;
Sa vente, Paris, Hôtel Drouot, 10-12 mai 1900, Me Boudin et Foucault, n° 176 ;
Collection de la comtesse Boselli ;
Sa vente, Paris, galerie Georges Petit, 26-28 juin 1919, n° 32 ;
Famille Pourtalès, depuis le début du XXe siècle ;
Puis par descendance ;
Collection particulière, Paris


Bibliographie : Jacques Barchilon, " Charles Perrault à travers les documents du Minutier Central des Archives Nationales : l'inventaire de ses meubles en 1672 ", in 'XVIIe siècle', Paris, 1964, p. 11
Charles Perrault, 'La Peinture', ed. de J.-L. Gautier-Gentès, Paris, 1992, p. 16-17, note 18
Patricia Bouchenot-Déchin, 'Charles Perrault', Paris, Fayard, 2018, repr. en p.1 du cahier hors-texte


Commentaire : 'Le Chat botté, Barbe bleue, Le petit chaperon rouge, La belle au bois dormant, Peau d'âne'… tous ces personnages aux aventures romanesques émerveillent aujourd'hui encore tous les lecteurs de contes, des plus jeunes aux plus âgés. Issues de diverses sources et traditions, ces histoires qui ont éveillé l'imaginaire de milliers d'enfants doivent en grande partie leur immense popularité et leur large diffusion à la plume de Charles Perrault, qui les réunit au sein des 'Contes de la Mère l'Oye' publiés à Paris en 1697. Or, si chacun connait aujourd'hui " Les contes de Perrault ", le grand public ignore bien souvent le rôle important que joua l'écrivain dans l'élaboration de la politique artistique de Louis XIV. La redécouverte de son portrait au pastel par Charles Le Brun, nous donne ici l'occasion de raconter une autre histoire, non fictive cette fois-ci : celle de l'homme de lettre, du premier peintre du Roi Soleil, du ministre Colbert et des décors de la plus grande demeure princière d'Europe : le château de Versailles.

En 1662 était créée à l'initiative de Colbert la Petite Académie. Rassemblant à ses débuts quatre lettrés autour du ministre, ce petit conseil était chargé de la conception de l'image royale sous toutes ces formes, des écrits aux médailles, en passant par les devises, le décors des bâtiments, et enfin tous les arts. Les compétences de ses membres étaient propres à discerner dans les sources anciennes des sujets propres à souligner les multiples vertus du roi et ils devinrent ainsi les concepteurs d'une partie des grands décors royaux, dont ceux que nous pouvons encore admirer aujourd'hui à Versailles. Nommé secrétaire de cette académie dès sa création, Charles Perrault put compter dans cette tâche sur l'aide de son frère, l'architecte Claude Perrault, associant ainsi à sa plume et à ses idées un habile crayon permettant de les matérialiser1.

Ce rôle amena l'écrivain à collaborer étroitement avec Charles Le Brun, premier peintre de Louis XIV, et les deux hommes nouèrent une relation d'amitié et d'estime dont l'histoire a gardé les traces. Charles Perrault célèbre l'artiste dans ses écrits, notamment dans la notice qu'il lui consacre dans les 'Hommes illustres' : " Outre le don de peindre, qu'il avoit dans un très-haut degré, il avoit l'esprit net & penetrant, capable de reussir en tout ce qu'il auroit voulu entreprendre² ". Le peintre utilisa quant à lui son talent pour illustrer les traits de l'écrivain qu'il représenta au moins à deux reprises : l'inventaire établi par Perrault lui-même au moment de son mariage en 1672 signale en effet deux portraits de lui par Le Brun, l'un sur toile et le second, qui n'est autre que celui que nous présentons, au pastel. Une gravure d'Etienne Baudet (fig. 1), datée de 1675 mais dont la lettre mentionne la date de 1665, reproduit le portrait peint aujourd'hui disparu. En 1672, le morceau de réception soumis à l'Académie royale par le peintre Philippe Lallemant, un savant portrait de Charles Perrault, s'inspire également des œuvres de Le Brun (fig. 2)3.

Les portraits au pastel de Le Brun sont relativement rares. Il put se familiariser avec la technique lors de son apprentissage auprès de Simon Vouet (voir lots 1, 2 et 3 de ce catalogue) et devait par la suite privilégier ce procédé plus rapide que la peinture à l'huile. Olivier d'Ormesson écrit ainsi en 1665 " [M. Le Brun] me témoigna vouloir faire mon portrait au pastel (…) et me fit dire qu'il n'osoit le faire en huile, l'ayant refusé mesme à M. Colbert4 " : c'est dire le traitement de faveur dont bénéficia Charles Perrault cette même année ! Les autres portraits au pastel que nous conservons de Le Brun sont principalement des effigies du roi dont plusieurs exemples magnifiques provenant de l'atelier de l'artiste sont conservés au musée du Louvre5.

Le portrait au pastel de Charles Perrault par Charles Le Brun permet d'illustrer l'habileté de l'artiste tant dans la maîtrise de cette technique délicate que dans l'art du portrait à proprement parler, celui de rendre avec vérité les traits et la psychologie du modèle. Le peintre s'est ici concentré sur le visage de Perrault, représenté en buste, laissant la feuille vierge à l'arrière-plan. Le médium employé et cette absence d'attributs excluent ce portrait de la sphère officielle et peuvent être un indice du statut et de la destination de ce pastel : il pourrait constituer une étape préparatoire au portrait peint sur toile aujourd'hui disparu que le peintre aurait offert à son commanditaire au lieu de le conserver dans ses cartons, ou bien avoir été exécuté pour lui-même, son apparente simplicité et sa spontanéité étant le meilleur témoignage de la proximité entre le peintre et son modèle, en marge des commandes de Colbert et des fastes versaillais.

1. Voir à ce sujet M. Cojannot-Le Blanc, " Les artistes privés de l'invention ? Réflexions sur les " desseins " de Charles et Claude Perrault pour les Bâtiments du roi dans les années 1660 ", in XVIIe siècle, 2014/3, n° 264, p. 467-479.
2. Ch. Perrault, 'Les Hommes illustres…', Paris, 1698, p. 251
3. Huile sur toile, 134 x 100 cm, Versailles, musée du château, inv. M.V. 3577
4. Cité dans le cat. exp. 'Charles Le Brun, peintre et dessinateur', Versailles, 1963, p. 405
5. Inv. 29874, 29873 et 29872.

Estimation 70 000 - 100 000 €

Sold 91,000 €
* Results are displayed including buyer's fees and taxes. They are generated automatically and can be modified.

Lot 7

Charles Le Brun Paris, 1619 - 1690
Portrait de Charles Perrault (1628 - 1703)

Sold 91,000 € [$]

Charles Le Brun Paris, 1619 - 1690
Portrait de Charles Perrault (1628 - 1703)
Pastel sur papier
(Mouillure à droite et en bas)

Portrait of Charles Perrault, pastel, by Ch. Le Brun
h: 53 w: 41 cm

Provenance : Mentionné dans l'inventaire de Charles Perrault de 1672 : " mon portrait en pastel faict par Monsieur le Brun avec sa glace de cristal, sa bordure taillée et dorée de deux piedz de haut " ;
Collection Defer-Dumesnil, son cachet (L. 739) en bas à droite ;
Sa vente, Paris, Hôtel Drouot, 10-12 mai 1900, Me Boudin et Foucault, n° 176 ;
Collection de la comtesse Boselli ;
Sa vente, Paris, galerie Georges Petit, 26-28 juin 1919, n° 32 ;
Famille Pourtalès, depuis le début du XXe siècle ;
Puis par descendance ;
Collection particulière, Paris


Bibliographie : Jacques Barchilon, " Charles Perrault à travers les documents du Minutier Central des Archives Nationales : l'inventaire de ses meubles en 1672 ", in 'XVIIe siècle', Paris, 1964, p. 11
Charles Perrault, 'La Peinture', ed. de J.-L. Gautier-Gentès, Paris, 1992, p. 16-17, note 18
Patricia Bouchenot-Déchin, 'Charles Perrault', Paris, Fayard, 2018, repr. en p.1 du cahier hors-texte


Commentaire : 'Le Chat botté, Barbe bleue, Le petit chaperon rouge, La belle au bois dormant, Peau d'âne'… tous ces personnages aux aventures romanesques émerveillent aujourd'hui encore tous les lecteurs de contes, des plus jeunes aux plus âgés. Issues de diverses sources et traditions, ces histoires qui ont éveillé l'imaginaire de milliers d'enfants doivent en grande partie leur immense popularité et leur large diffusion à la plume de Charles Perrault, qui les réunit au sein des 'Contes de la Mère l'Oye' publiés à Paris en 1697. Or, si chacun connait aujourd'hui " Les contes de Perrault ", le grand public ignore bien souvent le rôle important que joua l'écrivain dans l'élaboration de la politique artistique de Louis XIV. La redécouverte de son portrait au pastel par Charles Le Brun, nous donne ici l'occasion de raconter une autre histoire, non fictive cette fois-ci : celle de l'homme de lettre, du premier peintre du Roi Soleil, du ministre Colbert et des décors de la plus grande demeure princière d'Europe : le château de Versailles.

En 1662 était créée à l'initiative de Colbert la Petite Académie. Rassemblant à ses débuts quatre lettrés autour du ministre, ce petit conseil était chargé de la conception de l'image royale sous toutes ces formes, des écrits aux médailles, en passant par les devises, le décors des bâtiments, et enfin tous les arts. Les compétences de ses membres étaient propres à discerner dans les sources anciennes des sujets propres à souligner les multiples vertus du roi et ils devinrent ainsi les concepteurs d'une partie des grands décors royaux, dont ceux que nous pouvons encore admirer aujourd'hui à Versailles. Nommé secrétaire de cette académie dès sa création, Charles Perrault put compter dans cette tâche sur l'aide de son frère, l'architecte Claude Perrault, associant ainsi à sa plume et à ses idées un habile crayon permettant de les matérialiser1.

Ce rôle amena l'écrivain à collaborer étroitement avec Charles Le Brun, premier peintre de Louis XIV, et les deux hommes nouèrent une relation d'amitié et d'estime dont l'histoire a gardé les traces. Charles Perrault célèbre l'artiste dans ses écrits, notamment dans la notice qu'il lui consacre dans les 'Hommes illustres' : " Outre le don de peindre, qu'il avoit dans un très-haut degré, il avoit l'esprit net & penetrant, capable de reussir en tout ce qu'il auroit voulu entreprendre² ". Le peintre utilisa quant à lui son talent pour illustrer les traits de l'écrivain qu'il représenta au moins à deux reprises : l'inventaire établi par Perrault lui-même au moment de son mariage en 1672 signale en effet deux portraits de lui par Le Brun, l'un sur toile et le second, qui n'est autre que celui que nous présentons, au pastel. Une gravure d'Etienne Baudet (fig. 1), datée de 1675 mais dont la lettre mentionne la date de 1665, reproduit le portrait peint aujourd'hui disparu. En 1672, le morceau de réception soumis à l'Académie royale par le peintre Philippe Lallemant, un savant portrait de Charles Perrault, s'inspire également des œuvres de Le Brun (fig. 2)3.

Les portraits au pastel de Le Brun sont relativement rares. Il put se familiariser avec la technique lors de son apprentissage auprès de Simon Vouet (voir lots 1, 2 et 3 de ce catalogue) et devait par la suite privilégier ce procédé plus rapide que la peinture à l'huile. Olivier d'Ormesson écrit ainsi en 1665 " [M. Le Brun] me témoigna vouloir faire mon portrait au pastel (…) et me fit dire qu'il n'osoit le faire en huile, l'ayant refusé mesme à M. Colbert4 " : c'est dire le traitement de faveur dont bénéficia Charles Perrault cette même année ! Les autres portraits au pastel que nous conservons de Le Brun sont principalement des effigies du roi dont plusieurs exemples magnifiques provenant de l'atelier de l'artiste sont conservés au musée du Louvre5.

Le portrait au pastel de Charles Perrault par Charles Le Brun permet d'illustrer l'habileté de l'artiste tant dans la maîtrise de cette technique délicate que dans l'art du portrait à proprement parler, celui de rendre avec vérité les traits et la psychologie du modèle. Le peintre s'est ici concentré sur le visage de Perrault, représenté en buste, laissant la feuille vierge à l'arrière-plan. Le médium employé et cette absence d'attributs excluent ce portrait de la sphère officielle et peuvent être un indice du statut et de la destination de ce pastel : il pourrait constituer une étape préparatoire au portrait peint sur toile aujourd'hui disparu que le peintre aurait offert à son commanditaire au lieu de le conserver dans ses cartons, ou bien avoir été exécuté pour lui-même, son apparente simplicité et sa spontanéité étant le meilleur témoignage de la proximité entre le peintre et son modèle, en marge des commandes de Colbert et des fastes versaillais.

1. Voir à ce sujet M. Cojannot-Le Blanc, " Les artistes privés de l'invention ? Réflexions sur les " desseins " de Charles et Claude Perrault pour les Bâtiments du roi dans les années 1660 ", in XVIIe siècle, 2014/3, n° 264, p. 467-479.
2. Ch. Perrault, 'Les Hommes illustres…', Paris, 1698, p. 251
3. Huile sur toile, 134 x 100 cm, Versailles, musée du château, inv. M.V. 3577
4. Cité dans le cat. exp. 'Charles Le Brun, peintre et dessinateur', Versailles, 1963, p. 405
5. Inv. 29874, 29873 et 29872.

Estimation 70 000 - 100 000 €

Sold 91,000 €
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Sale’s details

Sale: 3254
Date: 21 mar. 2018 19:00
Auctioneer: Matthieu Fournier

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Matthieu Fournier
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