Collection Liuba & Ernesto Wolf

 
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Lot 108
[ARS MORIENDI]
Quamvis secundum philosophum tertio Ethicorum... [f. 1a] Et tum des art moriendi qui est ars artium [f. 11b]
Cologne, Nicolaus Götz, vers 1475. In-folio (275 x 197 mm) de 12 ff.n.ch. ; texte latin en caractères gothiques, 28-36 lignes, espace pour initiales sur 2 ou 3 lignes, initiale en rouge et rubriques au f. 1a, initiales à la plume pour les autres ff. ; in-fine : 8 ff. manuscrits au recto et au verso, écriture du XVe siècle à l'encre brune, 56 lignes environ ; demi-maroquin marron, dos lisse avec titre or en long, plats recouverts de papier brun avec décor de petits carrés verts réalisé au pochoir (relié aux États-Unis vers 1920 par Duprez-Lakey).

REMARQUABLE ET RARISSIME INCUNABLE ALLEMAND ILLUSTRE DE 11 BOIS GRAVES A PLEINE PAGE.

Cette édition de l'Ars moriendi, probablement la cinquième que l'on ait confiée aux presses, est la deuxième illustrée. La première édition illustrée, imprimée par le même Nicolaus Götz vers 1474-75 (GW, 2571), comportait un texte sur deux colonnes, fautif, et des erreurs dans le placement des gravures. Ces fautes ont été corrigées dans cette deuxième édition composée en lignes longues et dans laquelle la séquence iconographique traditionnelle a été rétablie.

L'ouvrage, l'un des classiques de la littérature religieuse médiévale tardive, est un manuel de la mort chrétienne où résonne encore l'écho de la grande épidémie de peste qui ravagea l'Europe au milieu du XIVe siècle. On en connaît deux versions : une longue, et une brève illustrée - celle que nous présentons ici - nommée Bilder Ars dans les pays germaniques. D'abord diffusé sous forme manuscrite, l'Ars moriendi fit l'objet, au milieu du XVe siècle, d'éditions xylographiques (blockbooks). Les premières versions typographiques virent le jour dans la vallée rhénane, à Cologne et à Strasbourg, ainsi qu'en Allemagne méridionale.

En 1483, l'Ars Moriendi arrive en Espagne ; en 1488 il touche Lyon et la Hollande. Vers 1490, les plus importants centres de sa diffusion sont Leipzig, Paris et Venise. Le texte a été souvent attribué à un religieux français sur la foi d'emprunts à Jean Gerson et d'une allusion à ce dernier figurant dans le texte. L'attribution à Domenico Capranica (1400-1458) est moins sérieuse, le cardinal de Fermo n'étant probablement que l'auteur de la version italienne.

Le succès de ce best-seller de l'automne du Moyen Âge fut constant jusqu'en 1530 environ, époque à laquelle se manifeste une sensibilité nouvelle, mettant plutôt l'accent sur l'art de bien vivre afin de bien mourir. En peu de pages, l'Ars moriendi traite des tentations auxquelles il faut résister lorsque la mort approche, tout en rappelant au chrétien ce qu'il doit craindre, désirer, croire. D'abord conçu à l'intention des prêtres pour les aider à assister les mourants, l'ouvrage séduira rapidement un public de laïcs. En réunissant des notions dogmatiques et des conseils pratiques, l'Ars moriendi constituait une sorte de pré-catéchisme qui, avec la mort comme horizon, aidait les fidèles à vivre selon la doctrine chrétienne.

LES 11 GRANDS BOIS, DEJA UTILISES DANS UN CELEBRE BLOCKBOOK, SONT PARMI LES PLUS EXPRESSIFS ET LES PLUS SUGGESTIFS DE LA GRAVURE ALLEMANDE PRIMITIVE.

Dans cette suite d'images fascinantes, les démons et les anges se disputent l'âme du mourant alité sous le regard du Christ, de la Vierge et des saints. Les tentations des diables et les arguments des anges sont résumés dans des phrases en lettres gothiques gravées directement dans le bois à l'intérieur de phylactères. Dans la dernière planche, le corps est inerte et le Christ reçoit l'âme enfin délivrée, représentée sous la forme d'un enfant.

Ces grands bois (211 x 258 mm), gravés d'après les dessins d'un artiste baptisé "Master ES", avaient été déjà utilisés dans la seconde édition xylographique de l'Ars Moriendi, un livret recensé par Schreiber sous la cote IIC et dans lequel trois bois avaient été remplacés par rapport au blockbook primitif (IIA), lui-même appartenant à une tradition remontant à une édition xylographique (IA), "second only to the Apocalypse in aesthetic quality" (Hind).

Il s'agit probablement, affirme Hugh W. Davies (Fairfax Murray), de la dernière utilisation de ces blocs. Quant à la typographie, "the gothic type is remarkable for the employment of capitals of different sorts, as, A, M, S, as well as roman, M, N, P, Q, &c." (Davies).

Immatriculé à l'université d'Erfurt en 1456, l'imprimeur Nicolaus Götz est signalé comme orfèvre au début des années 1460. En 1470, il s'inscrit à la faculté de droit de Cologne et devient "legum doctor" en 1480. Son activité typographique fut de courte durée. Dès 1474, il travaille pour le compte de Johann Helman - beau-père de Heinrich Quentell -, qui lui fournit entre autres une partie du matériel de Johann Schilling. En 1477, son implication dans la publication d'un pamphlet dirigé contre la mairie de Cologne lui vaut la saisie des types et du matériel d'impression. Il quitte vraisemblablement Cologne vers 1480.

PRECIEUX EXEMPLAIRE, COMPLET ET EN EXCELLENT ETAT, DE CE GRAND ILLUSTRE GERMANIQUE.

Les trois premiers bois ont été en partie coloriés à l'époque ; les suivants sont à peine rehaussés au lavis. Le volume comporte de nombreuses annotations marginales contemporaines en latin et à l'encre noire : des extraits d'une Biblia pauperum pour le texte, des dialogues sur la mort pour les bois. Les huit feuillets reliés à la suite de l'Ars moriendi contiennent, sur seize pages, une chronique de Basse-Saxe se poursuivant jusqu'en 1486.

D'une insigne rareté : le catalogue en ligne de la British Library ne recense que dix exemplaires complets de cette édition, ainsi que six exemplaires de la précédente.

Quelques taches et brunissures, peu prononcées.




Provenance : Bernard Quaritch, cat. 353 (1919), n° 3. - Pierpont Morgan Library (Checklist n° 226), avec l'ex-libris et la mention au crayon "Double échangé
Agreement du 30 mai 1975
André Jammes" sur le premier contreplat
Collection Liuba et Ernesto Wolf

Bibliographie : Goff, A-1114 ; Copinger, 667 ; Voullième, 172 ; Schreiber, 3370 ; Schramm, VIII, p. 18 ; Schelechter-Ries (Heidelberg), 118 ; Proctor, 1115 ; BMC, I, 239 ; GW, 2572 ; Fairfax Murrray (German), n° 5 ; Hind, I, 224-230 ; E. Th. Musper, "Die 'Ars moriendi' und der Meister ES", in : Gutenberg-Jahrbuch, 1950, pp. 57-66.

Commentaire : EXTREMELY RARE GERMAN INCUNABULUM ILLUSTRATED WITH FULL-PAGE WOODCUTS. THE 11 LARGE WOODCUTS ARE AMONG THE MOST EXPRESSIVE AND SUGGESTIVE OF EARLY GERMAN ENGRAVING

Estimation 200 000 - 300 000 €
Vendu 159,013 €
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Infos vente

Vente : 2706
Lieu : Artcurial
Date : 1 déc. 2014 18:30
Ventes
1 décembre à 18h30 : Lot 1-125
1 décembre à 20h :
Impressionniste & Moderne 1
2 décembre à 11h :
Impressionniste & Moderne 2
2 décembre à 15h :
Post-War & Contemporain
10 décembre à 19h :
Art Tribal

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Commissaire-priseur :
Francis Briest

Exposition

28 novembre, de 11h à 19h
29 novembre, de 11h à 18h
30 novembre, de 14h à 18h
1 décembre, de 10h à 14h

Artcurial
7 rond-point des Champs-Élysées
75008 Paris

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