Nicolas de Staël, Nu couché, 1954
Art contemporain
Publié le 17 octobre 2011
Artcurial | Briest - Poulain - F. Tajan est heureux d'annoncer la vente d'un exceptionnel tableau de Nicolas de Staël, Nu couché, réalisé en 1954, lors de la session d'importants tableaux modernes et contemporains du 6 décembre 2011, sous le marteau de Francis Briest.
Nu couché provient d’une collection privée française où le tableau a été conservé depuis 1954, l’année de sa création. La toile a été acquise auprès de Jacques Dubourg, le marchand français de l’artiste. Nu couché a participé à de très nombreuses expositions dans le monde entier, de Londres à Berne, de Rotterdam à Boston et de Tokyo à Chicago.
Ce chef-d’œuvre est l’un des très rares tableaux que l’artiste a consacré au nu. En effet, si le Catalogue raisonné de l’œuvre peint de Nicolas de Staël établi par Françoise de Staël, son épouse, recense quelques 1100 tableaux, il compte seulement une vingtaine de nus qui, tous, ont été exécutés au cours des années 1953, 1954 et 1955, pendant les trois dernières années de sa vie, alors que sa peinture a atteint sa pleine maturité.
Citons Serge Lemoine qui a préfacé le catalogue de la vente : « Le tableau Nu couché date de 1954. Il a été exécuté à Ménerbes en Provence, où Nicolas de Staël s’était établi. Il montre une figure féminine, la chevelure noire, nue, couchée, les bras posés sur la poitrine, la jambe droite repliée, qui est vue en plongée, dans un format horizontal très prononcé. Le tableau est de grandes dimensions, mesurant 97 cm de haut pour 1,46 m de large. Il est parfaitement caractéristique des œuvres de cette période, celle des deux dernières années de sa vie, par sa composition, sa structure, son espace, ses couleurs, sa facture et naturellement son recours au sujet, où réside en fait toute l’originalité de Nicolas de Staël et toute sa force.
- Nicolas de Staël (1914-1955)
Nu couché, 1954 - Huile sur toile
97 x 146 cm - Estimation : 2 700 000 €
Si la composition est classique, le point de vue traditionnel, la représentation n’est en revanche ni l’une ni l’autre. Nicolas de Staël recompose les formes, simplifie les contours, élimine les détails, change les couleurs, ramène le motif dans le plan, joue de la frontalité. Il met des éléments colorés et hauts en pâte en relation pour créer des rythmes, dégager de l’énergie, imposer des chocs et des enchaînements, sans jamais décrire le sujet.
De la peinture figurative certes, mais surtout l’affirmation d’une structure et des couleurs dans le plan, un jeu entre des blocs morcelés et des grands aplats. À quoi s’ajoute cette facture si affirmée, faite de matière posée au couteau, voire à la truelle, et qui paraît justement maçonnée, avec ses couches successives où se voient dans les interstices toutes les couleurs qui ont servi à la construction de l’ouvrage. L’harmonie colorée n’appartient qu’à lui, composée de violets et de rouge, complétée de quelques touches de bleu et de jaune, avec une rudesse dans les accords qui renforce la puissance des rythmes. Un chef d’œuvre d’expression picturale, auquel il faut ajouter une provenance authentique et prestigieuse. »
NU COUCHÉ REPRÉSENTE JEANNE, LA FEMME AIMÉE
Cette peinture est celle de la femme aimée, à cette époque de sa vie, Jeanne Mathieu, dont l’artiste fut éperdument amoureux. Cette passion dévorante l’habita de 1953, année de sa rencontre avec Jeanne, jusqu’à sa mort en mars 1955.
En 1953, Nicolas de Staël, sa femme Françoise et leurs trois enfants s’installent dans le Midi de la France, à Lagnes, sur la route d’Apt, dans une magnanerie appelée « Lou Roucas ». René Char avait souvent parlé à Nicolas de cet endroit majestueux. La famille Mathieu, qui en est propriétaire, exploite un domaine agricole. Elle accueille chaleureusement l’artiste. Autour des parents, quatre enfants, dont Henri, le poète, et Jeanne, la femme-fleur.
Le 20 juillet 1953, Nicolas de Staël, bouleversé, écrit à René Char : « Jeanne est venue vers nous avec des qualités d’harmonie d’une telle vigueur que nous en sommes encore tout éblouis. Quelle fille, la terre en tremble d’émoi, quelle cadence unique dans l’ordre souverain. Là-haut, au cabanon, chaque mouvement de pierre, chaque brin d’herbe vacillaient (…) à son pas. Quel lieu, quelle fille ! » Il en oublie que Jeanne a un mari et deux enfants. N’importe, il organise une épopée familiale en Italie. Le but du voyage est la Sicile. Françoise, les enfants et Jeanne, qu’il a convaincue de les accompagner, s’entassent dans la camionnette Citroën.
La petite troupe débarque en Sicile où l’artiste se rassasie de culture antique et s’enivre de couleurs. Il ressent un choc esthétique qu’il traduira magistralement sur la toile et sur le papier jusqu’au terme de son œuvre.
Laurent Greilsamer, dans son ouvrage Le Prince foudroyé, La vie de Nicolas de Staël, écrit que la findu périple ressemble à une débâcle.
Nicolas partait se promener seul avec Jeanne, abandonnant Françoise, et les enfants.
Un climat de tension et de tristesse s’abat sur la petite troupe. L’artiste sent frémir en lui de grands désordres qu’il appellera bientôt les « brusqueries de son inconscient » , ainsi qu’il l’écrit à Jacques Dubourg. De retour à Lagnes, il impose à sa famille une séparation momentanée et renvoie Françoise et les enfants à Paris. Il veut rester seul, peindre seul, vivre seul, retrouver son souffle qui lui échappe. Staël va alors traduire ses impressions siciliennes sur la toile : paysages et nus se succèdent et c’est à cette époque que naît une liaison entre lui et Jeanne Mathieu.
L’artiste est dévoré par la passion. Mais il aime plus qu’il n’est aimé. Le 14 mars 1955, Jeanne refuse de le voir. Il met de côté les lettres qu’elle lui a adressées, en fait un paquet et va l’offrir à son mari en lui disant : « Vous avez gagné ! » Le 16 mars, il se précipite dans le vide.
NICOLAS DE STAËL (1914–1955)
« Toute ma vie, j’ai eu besoin de penser peinture, de voir des tableaux, de faire de la peinture pour m’aider à vivre, pour me libérer de toutes les impressions, de toutes les sensations, de toutes les inquiétudes auxquelles je n’ai trouvé d’autre issue que la peinture. »
L’unique priorité de Nicolas de Staël fut la peinture : elle était son souffle, son sang. Son projet tenait en quelques mots : « Il faut travailler beaucoup, une tonne de passion et cent grammes de patience. »
Né en 1914 en Russie d’un père officier du tsar et d’une mère musicienne, Nicolas de Staël a très vite découvert sa vocation. Après avoir fui la révolution en Pologne, son père décède en 1921, suivi de sa mère en 1922. Il est élevé à Bruxelles par une amie de sa mère. Nicolas s’inscrit à l’Académie des beaux-Arts : il en sortira à 20 ans avec un grand prix. Commence l’époque des voyages, Paris, où il découvre Cézanne, Braque et Matisse puis l’Europe et le Maroc. Il choisit de s’installer à Paris. Sa carrière de peintre sera brève et fulgurante : elle ne durera que 11 ans.
La gloire viendra des États-Unis en 1953 où l’exposition chez Knoedler obtient un grand succès, suivie de celle organisée par Paul Rosenberg en 1954.
Contrairement à la plupart des peintres du 20e siècle, la peinture de Nicolas de Staël évoluera de l’abstraction vers la figuration. Au cours de l’hiver 1952, il assiste à un match de football au Parc des Princes. L’artiste cherche alors à rendre le tourbillon des couleurs et le mouvement des joueurs dans une série d’œuvres où la figuration apparaît. Cette nouvelle écriture sera confortée par la découverte de la lumière méditerranéenne, notamment celle de la Sicile.
Laurent Greilsamer rapporte les propos de Nicolas de Staël à son beau-fils au début de mars 1955 : « Tu sais, je ne sais pas si je vais vivre longtemps. Je crois que j’ai assez peint. Je suis arrivé à ce que je voulais … » On connaît la suite.
LA COTE DE NICOLAS DE STAËL
Le record mondial pour un tableau de l’artiste a été réalisé à Paris le 31 mai 2011 avec Agrigente, 1954, vendu 2,4 M€. Le 29 mai dernier, Artcurial | Briest - Poulain - F. Tajan obtenait le 3e meilleur prix pour l’artiste avec Méditerrannée (La Ciotat), 1952–1953, à 1,7M€. Enfin, il est intéressant de noter que les 20 plus hautes enchères enregistrées pour des toiles de Nicolas de Staël ont porté sur des œuvres des années 52 à 55.
Autres œuvres exposées à new-york et Zürich
Infos vente
- Vente : 2052
- Lieu : Hôtel Marcel Dassault
- Date : 6 décembre 2011
Expositions
- Paris
- du 2 au 5 décembre, de 11h à 19h
- Hôtel Marcel Dassault
7 rond-point des Champs-Élysées
75008 Paris
- New-York
- 5-7 novembre
- Moeller Fine Art
36 East 64th Street
- Zürich
- 15-16 novembre
- Koller
Hardturmstrasse 121
Département Spécialisé
Contact
- Sophie Cariguel
- Tél. +33 1 42 99 20 04






