art aborigène australien

Voyage au « temps du rêve » à travers la collection Peter Los

30 avril 2008

Yala Yala Gibbs Tjungurrayi
Yala Yala Gibbs Tjungurrayi
Kuninka (Western Quoli) Dreaming at Kaakaratintja, 1987
Estimation : 4 800-8 000 €

Artcurial | Briest - Poulain - F. Tajan organise le 7 juillet 2008 sa première vente d’Art aborigène. L’ensemble présenté est le plus important jamais porté aux enchères hors du territoire australien. Quelque soixante œuvres provenant de la Collection Peter Los seront proposées pour une estimation totale située autour de 600 000 €.

Réunie depuis plus de 20 ans au fil de l’amitié et de la vie partagées dans le bush et les communautés aborigènes, cette collection constitue un regard unique et inédit sur cet art. Chaque tableau a été directement acquis de l’artiste et se réfère à une personnalité singulière bien connue de Peter Los. Tous possèdent le plus beau certificat d’authenticité qui soit : la transmission verbale de l’histoire contenue dans l’œuvre, bien au-delà de l’exégèse iconographique. Et le regard de l’amitié.

Interlocuteur privilégié des premières communautés artistiques aborigènes à adopter l’acrylique sur toile dans les années 1970, Peter Los a très vite choisi de se consacrer entièrement à la reconnaissance de cette peinture. A l’origine d’importantes expositions en Australie, au Canada, à Londres, à Genève, transmettant sa passion à de nombreux collectionneurs aux quatre coins du monde, il est aujourd’hui reconnu, par les artistes comme par les institutions, comme l’un des plus grands spécialistes dans ce domaine. Sa collection raconte les images et les histoires qui peuplent le Western Desert, du Centre d’art de Papunya Tula à celui de Panunya Warumpi, en passant par les communautés de Yuendumu et d’Utopia, jusqu’aux ateliers d’artistes indépendants répondant aux noms de Clifford Possum Tjapaltjarri, Eunice Napangardi, Gabriella Possum Nungarrayi, pour ne citer qu’eux. Les pièces les plus anciennes de l’ensemble présenté sont datées 1978, celles dont la création remonte à plus de 30 ans n’étant pas autorisées à quitter l'Australie.

Clifford Possum Tjapaltjarri
Clifford Possum Tjapaltjarri
Love story at Ngarlu, 1992
Estimation : 240 000-260 000 €

Parmi les proches de Peter Los, Clifford Possum Tjapaltjarri, figure majeure de cette première génération passant à la toile, est représenté par cinq importants tableaux, parmi lesquels Love story at Ngarlu, 1992 (est. 240-260 000 €), chef-d’œuvre d’importance muséale. Perpétuant le « temps du rêve » sur la toile, les œuvres en présence reflètent l'existence continue d'une culture ancestrale remontant selon les anthropologues à 50 000 ans, sinon plus loin encore. Puisant aux sources d’une spiritualité structurant la culture aborigène entière, les artistes contemporains retranscrivent une géographie immémoriale et sacrée, à la fois physique et imaginaire, dans des compositions abstraites aux yeux des non initiés. Constellations pointillistes, labyrinthes de signes, réseaux concentriques et ondulations de bandes, secrètent les récits mythiques des esprits qui créèrent la terre australienne. Et une identité aborigène toujours indemne après deux siècles de colonisation.

PETER LOS : HISTOIRE D’UN AMOUR ABORIGENE

Peter Los nait et grandit dans les années 60 au Canada, à Blind River, village indien « Ojibwé » du Nord de l’Ontario.

Ses premiers contacts avec l’art aborigène remontent à l’enfance et à la découverte de la sculpture inuit. Dans l’intimité familiale, son père, collectionneur érudit d’art aborigène, lui ouvre très tôt ses vitrines, transmettant son savoir et sa passion pour le travail des esquimaux sur la pierre à savon. Sa rencontre avec l’art aborigène australien bouleversera sa vie. Voyageant dans le cadre de son activité de géologue sur les terres encore inexplorées du grand Great Sandy Désert de l’Ouest australien, Peter Los découvre avec son équipe sismique des grottes secrètes, anciennes galeries de roc recouvertes de peintures rupestres, témoignages primitifs de présences humaines. Conscient d’être le premier « non-indigène » à pénétrer les lieux, mesurant l’importance de cette découverte, il informe très vite les experts. Une originale assemblée d’aborigènes, d’anthropologues, de cartographes et de représentants du gouvernement, se constitue. La question du statut et du patrimoine, de l’établissement de la possession, de la réorganisation des frontières basée sur la nature de cet art rupestre, oppose les tribus entre elles. Peter Los prend pleinement part au débat. L’expérience donne une nouvelle direction à sa vie. Il acquière sa première peinture à points, s’installe à Alice Springs et renonce à la géologie pour se plonger dans la culture et l’art aborigène. Partageant le quotidien des aborigènes, dans le bush, puis dans les communautés, Peter Los lancera de véritables passerelles entre cette culture autochtone et le monde extérieur. Les aborigènes lui offrent leur respect, leur confiance, leurs récits. Il consacrera sa vie à transmettre leur histoire, leur espérance, et la spiritualité fondatrice de leur identité en donnant à voir leur art.

Dès les années 80, il organise de premières expositions. A Sydney, il réunit des artistes du Queensland. Au Canada, il travaille à sensibiliser institutions, marchands et collectionneurs avec une même passion. Une exposition au retentissement international à lieu à Vancouver. D’autres suivent à travers le pays. A cette époque, naît une profonde amitié avec Clifford Possum Tjapaltjarri, artiste aujourd’hui mondialement reconnu comme l’un des représentants majeurs de la peinture aborigène contemporaine. Sa relation avec le peuple aborigène se développe bientôt à travers tout le Western Desert. Il est invité dans le Centre d’art de Papunya Tula, partage l’intimité des communautés Warlipi de Yuendumu et Willowra, puis rencontre le groupe Pintupi, se liant notamment avec Turkey Tolsen… En ville, il se rapproche d’artistes aborigènes indépendants : Nosepeg Tjupurrula, Pansy Napangati, Maxie Tlampitjinpa, Eunice Napangardi, Johnny Warangkula Tjupurrula, pour ne citer qu’eux. Parallèlement, son expertise devient une référence dans le domaine de la peinture contemporaine aborigène, et s’associe à d’importantes expositions en Australie et en Europe… A Brisbane, Canberra, Perth, Melbourne, mais aussi à Londres et à Genève, les artistes aborigènes ouvrent désormais la voie à la reconnaissance internationale d’une culture, et d’une identité propre. A l’image de son aventure en terre aborigène, la collection construite par Peter Los depuis plus de 20 ans, est unique. Elle se poursuit aujourd’hui auprès de la nouvelle génération

Eunice Napangardi
Eunice Napangardi
Bush banana dreaming, 2000
Estimation : 36 000-60 000 €

VOYAGE AU « TEMPS DU RêVE »

Depuis plus de 50 000 ans, l’art aborigène australien suit le fil de rêves sacrés.
Sur la pierre, le sable, les objets cultuels et le corps, puis jusque sur la toile, il n’a jamais cessé de célébrer l’œuvre de ceux qui créèrent la terre australienne, traversant l’immensité déserte de part en part. Car les empreintes de ces êtres ancestraux, jalons d’un parcours géographique et symbolique, ont formé des rêves, prenant ainsi place dans un espace mental plus que tout autre capable de les actualiser à nouveau.

De génération en génération, le rêve revivifie un temps originel et ouvre à des voyages dont le récit et les images fondent l’identité et l’art aborigènes mêmes. Transmettant en songes de secrètes compositions graphiques liées au territoire propre de chaque tribu, les ancêtres chargent certains individus de les reproduire aux yeux du groupe pour assurer son initiation spirituelle.

Rencontre d’une spiritualité millénaire et des formes artistiques les plus modernes, la peinture aborigène contemporaine portera au regard du monde entier ces images délivrées en rêves…

Son aventure débute en 1971, en plein désert, dans la communauté de Papunya. Geoffrey Bardon, professeur blanc qui s’y est installé, propose à de jeunes aborigènes de reporter à l’acrylique sur toile les épisodes du « rêve de la fourmi à miel » pour décorer leur école. Très vite, les œuvres exposées retiennent l’attention des initiés « détenteur de la représentation de ce rêve », et suscitent le désir d’expérimenter ces nouveaux matériaux. Face à la beauté et au succès des peintures qui naissent et malgré les réticences des autorités officielles, les artistes décident de constituer une coopérative : la "Papunya Tula Artits Pty Ltd". L’initiative gagne les principales communautés du grand désert central australien et du Kimberley au milieu des années 80. Dans ces camps mêmes où les colons contraignent les populations autochtones nomades à la sédentarisation et à l’assimilation, elles exercent leur art avec une force et une liberté sans précédent.

Peindre devient un moyen de résistance identitaire. S’exprimer à l’acrylique sur toile, celui de pérenniser un héritage spirituel ancestral. Et de faire échec à l’histoire de deux siècles de domination… Dans le cadre de la restitution d’une partie des terres au début années 80, les aborigènes se référeront d’ailleurs à des motifs très précis contenus dans ces peintures pour affirmer leurs droits sur la terre australienne, convoquant une topographie primitive du continent mémorisée jusqu’à leur siècle dans le « temps du rêve ».

Adoptant un nouveau support et une nouvelle matière picturale, cette peinture aborigène contemporaine est toujours très proche de la peinture traditionnelle dont elle est en grande partie issue. La technique pointilliste provenant de l'habitude d'utiliser des bâtonnets enduits de pigments naturels et de couvrir les espaces à peindre d'une multitude de points, reste l’une de ses caractéristiques principales. Perpétuant la tradition de la peinture sur sol, ces œuvres continuent d'être réalisées à plat, montrant la terre comme vue du ciel, depuis ses espaces les plus vastes jusqu’à ses plus petites parcelles. Aujourd’hui encore, seuls les initiés ont vocation de peindre, et chacun d’entre eux conserve des droits propres sur certains rêves, leur peinture en soi faisant alors force de signature.

A l’heure où cet art aborigène contemporain trouve une reconnaissance toujours plus grande au regard des institutions et du marché de l’art international, la légitimité des artistes promet de continuer à naître du regard de leurs pairs, et de celui des voyageurs passionnés qui surent embrasser et comprendre cette peinture aborigène, frayant entre elle, et le monde, d’oniriques passages.

UN REGARD INEDIT SUR LA PEINTURE ABORIGèNE CONTEMPORAINE

Les artistes indépendants

Parmi les proches de Peter Los, Clifford Possum Tjapaltjarri est à l’honneur. Personne n’ignore le nom de cet artiste. Représentant de la première génération à passer sur la toile et maître incontesté de Papunya Tula, Clifford Possum Tjapaltjarri (Anmateyrre, vers 1932-2002) fixait récemment à 1,5 M € le record du monde pour une œuvre d’art aborigène lors d’une vente à Sydney en juillet 2007, après s’être emparé une première fois de ce record en 1995 à Melbourne.

Chef-d’œuvre de l’artiste, pièce muséale, Love Story at Ngarlu, 1992, acrylique sur toile (152,5x122cm) estimée 240-400 000 €, domine la vente. Clifford Possum Tjapaltjarri aborde à nouveau une histoire qui fut parmi les premières à l’inspirer et restera les plus chères à son œuvre. Il sera d’ailleurs le premier peintre à en proposer une illustration, en 1972. Traditionnellement chantée, cette histoire est celle d’un amour interdit par les liens du sang, et d’un sortilège érotique qui finira par enflammer littéralement les amants. Lors de son acquisition par Peter Los auprès de l’artiste en 1992, cette toile fit l’objet d’un éclairant entretien entre les deux amis bientôt publié dans la première monographie consacrée au peintre en 1994 par Vivien Johnson.

Quatre autres importants tableaux de Clifford Possum Tjapaltjarri seront présentés : The two Tjungalas bushfire dreaming, 1999, (183x121cm), (est. 48-80 000 €), montrant un aspect plus personnel encore du travail de l’artiste ; Possum dreaming at Napperby, 1996, (82x126cm), (est. 27-40 000 €) Worm dreaming, 1997, (121x91cm), (est. 18 000-30 000 €); Bush Tucker and Kangooroo dreaming at Mount Dennison, 1993, (63x82cm), (est. 10 800-18 000 €).

Parmi les proches de Peter Los également, Eunice Napangardi (Warlipi, vers 1940-2005), artiste majeure avec qui débuta une amitié en 1989, sera au rendez-vous avec deux toiles inspirées par un même rêve. Bush banana dreaming, 1990 (55 x58,5cm), et Bush banana dreaming, 2000 (133x464cm), acryliques sur toile, sont respectivement estimées 2 400 € et 36-60 000 €.

Témoignant du lien privilégié de Peter Los avec les nouvelles générations, Gabriella Possum Nungarrayi (Luritja/Anmateyrre, 1967), fille de Clifford Possum, sera présente avec quatre toiles, dont deux remarquables grands formats. Bush Tucker Dreaming : My Father’s Country, 2007-2008, acrylique sur toile (298x477cm) estimée 15-25 000 €, révèle la fertilité d’une terre aborigène portant fruits et flore à maturité et des lieux dont les femmes ont fait leur espace propre. Toutes les étapes de ce tableau furent immortalisées dans un film suivant l’artiste au fil de sa réalisation. Seven Sisters Dreaming, 2008, acrylique sur toile (297x498cm) proposée 10 800-18 000 €, illustre la célèbre aventure de sept sœurs qui, poursuivies par un vieil homme à travers le pays, finiront par demander aux esprits de les transformer en constellation pour échapper à leur course. De formats plus modestes, suivront deux acryliques sur toile blanche pré-imprimée datées 2007, Seven Sisters Dreaming (183x121cm), et Grandmother’s country (103x115cm), respectivement estimées 3 000 € et 1 800 €.

Les artistes du Centre d’art de la communauté de Papunya Tula

Lieu de naissance de la peinture aborigène contemporaine, le Centre d’art de Papunya Tula, première coopérative fondée par une communauté d'artistes, en 1972, est largement représenté dans la Collection Peter Los.

Turkey Tolson Tjupurrula
Turkey Tolson Tjupurrula
Tingari cycle at Pulitjilka 1996
Estimation : 18 000-30 000 €

Descendants d’une tribu qui fut la dernière à découvrir les traces de la civilisation occidentale, les Pintupi de Papunya retraceront leur épopée au cycle du temps… Sphères rayonnantes symbolisant les voyages et les camps des premiers habitants de la région du désert, les Pintupi Tingari s’imposent parmi les symboles les plus sacrés de la culture aborigène. Citons d’abord Tingari cycle at Pulitjilka, 1996, très belle acrylique sur toile (153x91 cm) de Turkey Tolson Tjupurrula (Pintupi, vers 1943-2001) estimée 18-30 000 €. On remarquera aussi les œuvres de Warlimpirriga Tjapaltjarri (Pintupi, 1958) – Tingari Cycle at Tjuln, 1995 (137x91cm) – et de Yala Yala Gibbs Tjungurrayi (Pintupi, vers 1924-1998) – Kuninka (Western Quoli) Dreaming at Kaakaratintja, 1987, (86,5x26,5 cm) – acryliques sur toile estimées chacune 4 800-8 000 €. Signalons encore une pièce de Nyilyari Tjapangati (Pintupi, vers 1969), Rockhole at Malparingya, 1999, acrylique sur toile (61x31cm) proposée 1 500-2 500 €.

Artiste parmi les plus talentueux de Papunya Tula, « père de l’art aborigène contemporain », Maxie Tjampitjinpa (Warlipi, 1945-1977), ami de Peter Los, sera également présent. Le caractérisent, souligne ce dernier, « une façon secrète de peindre, et une façon spéciale de tenir le pinceau »… Ainsi les acryliques sur toile Water Dreaming at Watulpuya, 1992 (122x122cm et Bush fire dreaming at Warlurkulanga, 1995 (112x55 cm), respectivement estimées 5 400 € et 4 500-7 500 €.

Les artistes du Centre d’art de la communauté de Papunya/Warumpi

Johnny Warrangkula Tjupurrula (Luritja, vers 1918–2001) orchestrera la cérémonie de la pluie, invoquant les éléments avec Water dreaming at Kalipinpa, 1998, acrylique sur toile (182x80cm) présentée à 10 800-18 000 €.

La communauté d’Yuendumu – L’association des artistes aborigènes de Warlukurlangu

La communauté d’Yuendumu sera notamment incarnée par Maggie Watson Napangardi (Warlipi, vers 1925) et son acrylique sur toile (91x91cm) intitulée Ngalyipi Jukurrpa (snake vine dreaming), pièce datée 1990 estimée 9 000-15 000 €.

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Infos vente

Vente : 1506
Lieu : Hôtel Dassault
Date : 7 juillet 2008

Exposition

du 4 au 6 juillet 2008,
de 11h à 19h
Hôtel Dassault
7 rond-point des Champs-Élysées
75008 Paris

Consultant

Marc Jallon

Contact

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