Collection Jean Albou, itinéraire d’un passionné
Les 29 et 30 janvier 2008
14 décembre 2007
« Artcurial | Briest - Poulain - F. Tajan a l’honneur de vendre la Collection Jean Albou. A travers ses choix, Jean Albou a fermement soutenu les artistes français. Et c’est à la première maison française de ventes aux enchères qu’il accorde aujourd’hui sa confiance. C’est une chance pour la place de Paris de présenter une collection française de si haut niveau » a déclaré Francis Briest, co-Président d’Artcurial Briest-Le Fur-Poulain-F.Tajan.
Jean Albou est un passionné ? Assurément. Depuis 35 ans, il vit et respire pour sa collection. La collection comprend des œuvres majeures des Nouveaux Réalistes, César, Arman, Spoerri, Martial Raysse, Raymond Hains, Jacques Villéglé. La jeune scène française est représentée par des pièces de Gilles Barbier, Alain Bublex, Fabrice Hybert et Stéphane Pencréac’h. Sans oublier les œuvres emblématiques de Chen Zhen et d’Henri Michaux.
Le 29 janvier 2008, quelque 120 pièces de la collection Jean Albou seront proposées aux enchères pour une estimation comprise entre 5 et 6 M €.
Un important ensemble dédié à la photographie découvre une autre facette du collectionneur qui s’est passionné pour les photographes humanistes dont Willy Ronis, Edouard Boubat, Sabine Weiss, mais aussi pour Brassaï, et pour la photographie américaine de Joel-Peter Witkin à Robert Mapplethorpe.
Cet ensemble d’une centaine de clichés estimé entre 600 000 et 800 000 € sera vendu le 30 janvier 2008.
Docteur en philosophie, Jean Albou a collectionné en libre-penseur, et sa formation a beaucoup influencé ses choix. Choix guidés par l’exigence d’un visionnaire qui ne se prive pas d’éclectisme et d’audace. Jean Albou débute sa collection vers 1990, dans un marché de l’art en pleine débâcle. Il visite les ateliers, n’hésite pas à arpenter les galeries, les foires. Il fréquente les artistes, et noue une amitié indéfectible avec certains d’entre eux, comme César, Chen Zhen et Erik Dietman. « Ils ont changé ma vie », avoue Jean Albou.
Si Jean Albou se sépare, aujourd’hui, d’une partie de sa collection, c’est afin de pouvoir mener un projet de grande envergure, à La Croix Valmer, dans le sud de la France. Il y construira un lieu dédié à l’art, en y installant notamment un jardin de sculptures surplombant la mer.
De César à Chen Zhen
vente le 29 janvier 2008
- Martial Raysse
- Bel été concentré, 1967
- Estimation : 120 000-150 000 €
Les premiers pas de Jean Albou collectionneur
Né au Maroc, Jean Albou s’installe à Nice, à l’âge de 15 ans, avec ses parents. Un jour, il ose franchir la porte de la librairie de Jacques Matarasso. Le libraire s’amuse de sa présence. Il cherchait un texte d’Henri Michaux, Tranches de savoir. Jean Albou entend encore son éclat de rire. Ce qui ne l’a pas empêché de glisser, dans son cartable, l’édition originale du poète où figurait le texte en question : « Tiens, prends ce livre, tu me le paieras quand tu pourras ». Jean n’a jamais oublié le geste de cet homme. En pensée, il n’est plus jamais ressorti de cette librairie. En pratique, il y est retourné tous les jours au lieu d’aller jouer au flipper avec ses copains.
D’autres achats suivront comme le tirage de tête de J’irai cracher sur vos tombes de Boris Vian. Un collectionneur est né.
L’apport fondateur des Nouveaux Réalistes
« Les Nouveaux Réalistes m’ont forgé, m’ont nourri », dit Jean Albou. C’est une admiration sans borne pour Yves Klein qu’il considère comme « un génie absolu », qui va conduire Jean Albou vers les « Nouveaux Réalistes ».
Il va tous les côtoyer, à partir des années 90, César, Arman, Restany, Hains, Villéglé…
Il les reçoit chez lui, rue de Rivoli.
Avec César, il noue une relation très forte. « C’était presque un second père pour moi » dit Jean. Pendant dix ans, il l’appelle tous les jours et trouve des prétextes incroyables pour passer à son atelier. « César a changé ma vie. La manière dont il parlait de l’art, la façon dont il abordait les problèmes humains, son humour, me subjuguaient ».
Avec Arman, il vit une amitié plus intellectuelle. « Arman avait une intelligence extrême de son métier, de l’objet. J’étais, comme lui, fasciné par l’objet, et donc par sa démarche ».
Jean Albou fut aussi très proche de Pierre Restany, qu’il appréciait pour sa réflexion sur l’art de son temps. Il se trouvait très en phase avec sa théorie.
César
Des premiers fers soudés aux compressions, l’ensemble des étapes importantes de l’œuvre de César est représenté.
La vierge et l’enfant, fer soudé de 1949, 40 x 31 x 14 cm, première soudure à l’arc de César est estimée 30-50 000 €. Elle a été découverte par Jean Albou dans l’atelier de menuiserie métallique Collomp où elle avait vu le jour 40 ans plus tôt.
Tubes, aboutissement de la technique du fer soudé daté de 1959 est estimé 300-400 000 €. Cette pièce appartient à la série des plaques commencée dans les années 58-59. L’artiste recherche la frontalité directe avec la matière, le métal, qui est le vrai sujet de l’œuvre.
- César
- Compression motocyclette, circa 1970
- Estimation : 150 000-180 000 €
Compression Motocyclette, circa 1970, est, pour Jean Albou, la plus belle compression de César dans le registre des motocyclettes. A ce propos, Restany parlait d’expression pure de la matière car tous les éléments sont là, compactés, contrairement aux compressions d’auto qui étaient amputées de certaines parties (moteur, freins …) Cette pièce sera proposée 150-180 000 €.
Enfin Le Pouce, réalisé en 1983 en marbre de Carrare, 140 x 77 x 68 cm (est. 250-300 000 €), est un hommage de César à Michel-Ange, son maître en matière de sculpture.
Arman
Arman est présent dans la collection à travers des pièces emblématiques.
Coupe de violoncelle sur panneau de bois, Accord majeur, 1962, 162 x 122 cm (est. 280-350 000 €) est l’une des pièces les plus importantes de la série des coupes démarrée en 1960-1961. Elle incarne le geste radical de l’histoire de l’art du 20e siècle. L’artiste fractionne l’instrument de musique en lamelles, se l’approprie et le condamne au silence. Intéressant lorsqu’on sait que la première femme d’Arman était une grande violoncelliste !
Il était capital pour Jean Albou d’avoir un élément de la série des poubelles d’Arman. Ce fut chose faite avec La Poubelle des Halles datée 1961 (est. 100-150 000 €), qui fait partie de la série des poubelles des années 1958-1961, les « non-organiques ». Celle-ci appartient, en plus, à l’histoire de Paris. La plupart des poubelles se trouvent dans les musées et les collections d’artistes.
Le mur des communications, inclusion de téléphones dans du béton, a participé à la plupart des expositions consacrées à Arman. L’artiste a travaillé dans cette matière et sur ce thème seulement deux fois. La première fois, pour Bob Zagury, collectionneur, le mur faisait 10m de long. La seconde fois, avec cette pièce de 160cm, qui est proposée ici à 60-80 000 €.
Citons aussi Après le temps menaçant, 1965, fauteuil brûlé et cassé, enduit de plastique (114 x 85 x 85 cm), appartenant à la série des combustions (est. 60-80 000 €). Autres pièces importantes d’Arman, Allure d’objet, 1960, traces d’objets, peinture marouflée sur papier qui provient de l’ancienne collection Jean-Pierre Raynaud (est.120-150 000 €) et une Colère de violon de 1961 (est. 180-220 000 €).
- Daniel Spoerri
- Eaten by Marcel Duchamp, 1964
- Estimation : 130 000-150 000 €
Daniel Spoerri
Pièce historique, un tableau piège de Daniel Spoerri, Eaten by Marcel Duchamp, 1964, 60 x 70 cm (est. 130-150 000 €), fut acheté par Arman lors de l’exposition new-yorkaise à la Allan Stone Gallery en mars 1964. Arman considérait que cette pièce était historique à plus d’un titre.
Martial Raysse
Jean Albou est tombé fou amoureux de Bel Eté concentré, 1967 (est. 120-150 000 €) qu’il considère comme une pièce majeure. Prévue pour être tirée à plusieurs exemplaires, cette œuvre est l’une des 4 à avoir été conçue avec un néon. C’est donc une pièce originale.
Raymond Hains
Pour Jean Albou, Avenue de La Bourdonnais, affiches lacérées sur toile de 1956, 42 x 118 cm, de Raymond Hains, est, dans l’absolu, le plus bel arrachage d’affiches qui existe. Estimé 80-120 000 €, il représente la maîtrise absolue de l’arrachage, l’un des processus d’appropriation du réel préconisé par les nouveaux réalistes dans leur manifeste.
Jacques de La Villéglé
Quai des Célestins, affiches lacérées sur toile de 1965, 244 x 254 cm, (est. 150-200 000 €) est une partie de la vie de Jean Albou. Né un 22 janvier, Jean et sa future femme tombent en arrêt devant un immeuble en construction situé au 22 Quai des Célestins. Ils y habiteront pendant quelques années.
Au chapitre des nouveaux réalistes, la Collection Jean Albou comprend également des œuvres de François Dufresne, Niki de Saint-Phalle, Jean Tinguely.
- Gilles Barbier
- L’Orgue à pets, 1996
- Estimation : 80 000-120 000 €
La jeune scène française
La fascination de Jean Albou pour le corps humain a présidé à des choix d’œuvres qui mettent ce dernier en scène.
Dans ce registre, la pièce la plus emblématique de la collection est sans aucun doute L’Orgue à pets de Gilles Barbier.
Gilles Barbier
L’achat de L’Orgue à pets est directement lié à César qui était très amusé par cette œuvre et « racontait comment il allumait les pets au tabac vert boulevard Raspail dans les années 50 ». Jean l’achètera par amitié pour lui.
César et Jean Albou partageaient la même vision de l’humour et de l’absurdité.
Ils adoraient cette manière grotesque de représenter l’homme, l’ironie pure de ce moment de vie cachée dérisoire mis en scène de manière totalement spectaculaire.
L’Orgue à pets, 1996, mannequin et verre soufflé, est estimé 80-120 000 €.
Il est accompagné d’une série de 7 gouaches estimées entre 8000 et 15 000 €.
Une certaine idée de la peinture
La peinture est également présente dans la Collection Jean Albou à travers des œuvres d’Eugène Leroy, Stéphane Pencrea’ch, Robert Combas, Robert Malaval, Wifredo Lam, Mimmo Paladino, Voss …
Jean Albou considère L’Atelier noir de Stéphane Pencrea’ch comme un chef-d’œuvre. Cette grande huile sur toile est estimée 30-40 000 €.
- Chen Zhen
- Le Monde/Le Chaos, 1990
- Estimation : 350 000-450 000 €
L’œuvre de médiation
La rencontre avec Chen Zhen est une révélation. L’appel vers la spiritualité qui habite Jean Albou trouve un écho formidable dans la personnalité et l’œuvre de cet artiste inclassable. La MEDITATION quelquefois transcendantale permet à Chen Zhen de soustraire l’objet à son cycle social pour l’inscrire dans un cycle naturel. Ainsi Le Monde/Le Chaos, 1990 (est. 350-450 000 €) où les pages du quotidien Le Monde régénérées par le feu trouvent une dimension nouvelle à l’état de cendres, et un nouveau destin.
Au regard des œuvres présentées, la vente de la collection Jean Albou représente un événement majeur en ce début d’année. Il ne fait aucun doute qu’il s’agit là d’un rendez-vous incontournable pour les collectionneurs français et étrangers.
DE RONIS A MAPPLETHORPE
vente le 30 janvier 2008
Surtout connue comme une collection d’Art contemporain, la Collection Jean Albou accorde aussi une très belle part à la photographie. Cette part plus confidentielle se révèle aujourd’hui, réunissant des pièces tout à fait remarquables.
Serge Aboukrat a joué un rôle essentiel auprès de Jean Albou : il l’initie à la photographie et lui transmet sa passion.
Jean Albou a commencé à collectionner la photographie en 2000. L’éclectisme de Jean Albou le porte vers la photographie humaniste pour laquelle il se passionne, faisant l’acquisition d’important tirages d’époque de Willy Ronis, Edouard Boubat, Sabine Weiss, mais aussi vers Brassaï, et vers la photographie américaine de Joel-Peter Witkin à Robert Mapplethorpe.
Icônes de la photographie humaniste
Willy Ronis
Willy Ronis est représenté par une vingtaine de photographies parmi les plus emblématiques de son œuvre, des tirages d’époque, acquis pour la plupart directement de l’artiste par Jean Albou. Parmi eux, Le Nu Provençal, Gordes, été 1949, et Carrefour Sèvres-Babylone, Paris, 1948, estimés chacun 10-15 000 €, Paris (Notre-Dame la nuit), 1934 (est. 8 000-10 000 €), Palerme, 1938 (est. 7 000-9 000 €), ou encore Nu assis de face (cheveux courts), 1955 (est. 6000-8 000 €)
Edouard Boubat
Consacré lors de la vente Artcurial qui lui rendait hommage en 2006, Edouard Boubat est aussi à l’honneur avec vingt-trois clichés comptant parmi ses chefs-d’œuvre, tous des tirages d’époque également. Sans doute l’une des plus belles photographies de Boubat, Lella, France, 1948, tirage monté sur carton, signé, titré et daté par l’artiste au verso (37,50 x 25,50 cm) est proposé 20-30 000 €. Des clichés parisiens – Montmartre, 1951 ou Quai de l’Hôtel de Ville, circa 1948-1950 estimé chacun 8 000-10 000 € – des images rapportées de voyage – Nazaré, Portugal, 1956 (est. 12-15 000 €) – mais aussi des hymnes à l’amour – Couple au vélo, 1950 (est. 10-12 000 €), Couple allongé dans l’herbe (est. 7 000-8 000 €)…
Sabine Weiss
Trois tirages argentiques de l’époque estimés chacun 7 000-8 000 € saluent l’œuvre de Sabine Weiss : Paris, Clochard, 1951, France, 1952, et Sienne, 1953.
Janine Niepce
Signalons aussi une pièce de Janine Niepce, Brasserie Parisienne, la lecture de France Soir, 1957, tirage argentique de l’époque signé au verso (est. 5 000-7 000 €).
Brassaï
Brassaï sera représenté par dix clichés, tous acquis par Jean Albou lors de la succession du photographe proposée à Paris en 2006.
Mentionnons d’abord Nu, circa 1932, très beau tirage argentique de l’époque numéroté 4/4 (est. 30-40 000 €), puis Denfert-Rochereau dans le brouillard, circa 1934, tirage argentique postérieur d’exposition, circa 1945, signé, légendé, daté et tamponné au verso, et Le Jardin Exotique, Monaco, circa 1945, tirage argentique postérieur, circa 1960, daté et légendé par l’artiste, tirages respectivement estimés 25-30 000 € et 15-20 000 €.
Thème cher à Brassaï, les filles de la nuit seront au rendez-vous avec Fille de joie (de face), quartier d’Italie, circa 1932, tirage argentique postérieur, circa 1960, exposé à la Bibliothèque Nationale, à Paris, en 1963, et au Museum of Modern Art, à New York, en 1969, proposé 15-20 000 €. Citons aussi Une prostituée novice, quartier Italie, circa 1932, tirage argentique postérieur, circa 1950, estimé 10-15 000 €.
Suivront notamment Chat vagabond, circa 1932, Istanbul (La Mosquée), 1953, et Istanbul (Pigeons), 1953, tirages postérieurs, circa 1960, chacun estimé 6 000-8 000 €.
- Robert Mapplethorpe (1946-1989)
- Lisa Lyon, 1982
- Estimation : 15 000-20 000 €
Robert Mapplethorpe
Deux importants vintages de Robert Mapplethorpe sont présents : Lisa Lyon, 1982, tirage argentique provenant de la succession de l’artiste (est. 20-30 000 €) et Miguel Cruz, Fashion, 1986, tirage argentique (est. 8 000-10 000 €).
Au chapitre de la photographie américaine, signalons aussi un ensemble dédié à Joel-Peter Witkin. Il s’agit de l’ensemble des photos montrées lors de la première exposition de l’artiste à New York. Lors de cette exposition, Witkin n’avait strictement rien vendu.
La Collection Jean Albou réunit également des pièces de Zwelethu Mtheethwa, François le Diascorn, Pascal Sebah, Pierre Jehan, Jean-Christian Bourcart, John Coplans, Nobuyoshi Araki, Edward Steichen, Holger Trulzsch, Martha Rosler, Hiroshi Sugimoto, René Jacques.
RetourInfos ventes
- Vente : 1419
- Art contemporain
- Lieu : Hôtel Dassault
- Date : 29 janvier 2008
- Vente : 1420
- Photographie
- Lieu : Hôtel Dassault
- Date : 30 janvier 2008
Exposition
- du 23 au 28 janvier, de 10h à 19h
- Hôtel Dassault
7 rond-point des Champs-Élysées
75008 Paris
spécialistes
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