« HOMMAGE À SERGE FÉRAT » COLLECTION HABA ET ALBAN ROUSSOT

vente le 22 octobre 2007

26 juillet 2007

Serge Férat (1879-1958)
Serge Férat (1879-1958)
Lacerba, circa 1913-1914
Estimation : 200 000-300 000 €

La vente du 22 octobre 2007 constitue un hommage sans précédent à Serge Férat (1879-1958) dont les œuvres très marquées par le cubisme sont extrêmement rares sur le marché. Jamais autant d’œuvres de l’artiste n’ont été réunies.

La Collection Haba et Alban Roussot est dominée par 132 œuvres de Serge Férat – 42 toiles, 46 gouaches et 40 dessins, 2 peintures sur verre et 2 vases peints - couvrant l’ensemble de sa création.

Elle compte aussi 38 pièces de Léopold Survage – 10 toiles, 4 gouaches et 24 dessins - 10 œuvres de François Angiboult et 11 œuvres d’Irène Lagut, artistes appartenant à des courants différents de l’avant-garde, qui formeront avec Férat une famille à part entière autour de La Section d’Or dans les années 20.

L’estimation se situe entre 1,3 M€ et 1, 9 M€.

Rassemblée par Serge Férat lui-même, cette collection est d’abord celle d’un artiste.

Réunis par Guillaume Apollinaire qui jouera un rôle capital auprès de chacun d’eux, Férat, Survage, Angiboult et Lagut, illustrent leur amitié tandis que leurs œuvres se répondent. Leur dialogue éclaire aussi une époque qui fut celle de « l’âge d’or de la peinture ».

Pour la première fois, la production de l’artiste est présentée dans son ensemble, des œuvres cubistes aux paysages tardifs, en passant par les représentations du cirque et du théâtre, et par Lacerba, huile sur toile, circa 1913-1914, (est. 200-300 000 €), l’une de ses œuvres les plus importantes.

Présent au Salon des artistes indépendants de 1910 à 1912, puis à la Galerie Percier, Paris, en 1917 et 1924, Serge Férat a participé à de nombreuses expositions parmi lesquelles : « Trente ans d'art indépendant, Rétrospective (1884-1914) », au Grand Palais en 1926, « Rétrospective du Cubisme » au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, en1935, « Paris-Moscou » au Centre Pompidou en 1981 et la Biennale de Venise en 1989. Durant l’hiver 2006-2007, une quinzaine de ses tableaux était présentée à l’exposition Au temps des Cubistes organisée par Anisabelle Berès à Paris, aux côtés des œuvres de Picasso, Braque, Gris, Gleizes, Metzinger …

Les œuvres de Serge Férat sont présentes dans les collections du Centre Pompidou et du Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, ainsi que dans de nombreux musées du monde, principalement aux Etats-Unis.

En 1958, à la mort de l’artiste, sa collection revient à Haba Roussot, amie de cœur depuis plus de 20 ans. Jusqu’à sa disparition en 2001, Haba mettra toute son énergie au service de la peinture de Serge Férat en faisant circuler son œuvre en Europe, aux Etats-Unis, et au Japon.

Aujourd’hui son fils Alban vend une partie de la collection léguée par l’artiste à sa mère. Fidèle à la promesse faite à Haba, il poursuit l’effort de celle-ci dans la promotion de l’œuvre de Serge Férat, afin de contribuer à sa reconnaissance. Cette collection est restée dans la famille Roussot jusqu’à ce jour.

Dans l'effervescence parisienne

Né dans une famille russe fortunée, Serguei Nikolaïevitch Jastrebzov (Serge Férat en 1911), fait ses études aux Beaux-Arts de Kiev. Il s’installe à Paris en 1902, suit les cours de Bouguereau à l’Académie Julian et ceux de Marcel Baschet, où il côtoie les artistes de l’avant-garde parisienne. En compagnie des habitués des ateliers de Montmartre, Férat fréquente le cabaret du Lapin agile. Il se lie d’amitié avec Le Douanier Rousseau, à qui il achète quatorze œuvres.

Plus tard, il rencontre Braque, Picasso et Apollinaire, qui resteront ses proches pendant de nombreuses années. Il est l’un des premiers clients des peintres cubistes, dont Braque et Picasso, et se constitue une belle collection.

Après le salon de sa cousine, la baronne Hélène d’Oettingen, l’atelier de Serge Férat, 278 boulevard Raspail, où s’installe la rédaction de la revue Les soirées de Paris, deviendra un lieu de rendez-vous pour de nombreux écrivains, critiques d’art et artistes d’avant-garde : Maurice Raynal, Blaise Cendrars, André Salmon, Max Jacob, Fernand Léger, Gleizes, Chagall, Picasso, Modigliani, Sonia Delaunay, Léopold Survage, Irène Lagut …

La revue Les soirées de Paris

1907 : Serge Férat rencontre Guillaume Apollinaire. Une rencontre qui sera déterminante pour lui. C’est au poète qu’il doit d’ailleurs son pseudonyme francisé Serge Férat.

1913 : il achète avec la baronne d’Oettingen la revue Les soirées de Paris. Apollinaire assure la direction littéraire de la prestigieuse revue d’art et de littérature, Férat la direction artistique. Puissant vecteur de la diffusion du cubisme en Europe, Les soirées de Paris paraîtront jusqu’au début de la guerre.

Serge Férat : un cubisme très personnel

A son arrivée en France, Serge Férat est rapidement influencé par la découverte de Cézanne puis, dès 1910, par le cubisme de Picasso, de Braque et de Gris. Il réalise à ce moment surtout des natures mortes qui font la synthèse d’un cubisme très puriste et des coloris chauds du folklore russe.

En 1914, il participe au Salon des Indépendants, sous le nom d’Edouard Férat, avec les tableaux Lacerba. Apollinaire commente cette présentation dans L’Intransigeant du 2 mars 1914 : « Voici Edouard Férat… dont les débuts sont très remarqués. Compositions d’un beau coloris qui promettent des œuvres importantes ». Le titre de Lacerba vient d’une revue italienne créée en 1913 par Ardengo Soffici et Giovanni Papini qui assure à l’époque la diffusion du futurisme italien. Le motif typographique de Lacerba reviendra souvent dans les tableaux de Picasso, Soffici, Severini, Carra, Magnelli…

Le Lacerba de Serge Férat, circa 1913-1914, (est. 200-300 000 €) est l’œuvre l’une des œuvres majeures de sa production artistique. Elle marque l’évolution du cubisme dont Picasso, Braque et Gris ont posé les jalons et est très significative de la manière de Serge Férat. Dans le tableau de Férat, figure la manchette LACERBA, montrant l’importance de la revue florentine dans le contexte artistique de l’époque. Le tableau de Férat sera d’ailleurs reproduit le 15 juillet 1914 dans la revue Lacerba.

Dans Nature morte (est. 20-30 000 €), Férat utilise l’ovale cher aux cubistes pour exprimer toute sa poésie, rigueur des formes et des lignes laissant la place à l’imagination. Les autres tableaux présentés reprennent les différents éléments des natures mortes cubistes (fruits, poissons, verres, guéridons) toujours dans le jeu des couleurs vives propre à l’artiste ; ainsi Nature morte mauve à la fenêtre, huile sur isorelcirca 1911-1912 (est. 35-45 000 €), Nature morte aux verres, gouache de 1918 (est. 18-25 000 €), Nature morte aux poissons, toile de 1920 (est. 22-28 000 €), et Nature morte au guéridon et compotier, toile circa 1920-1921(est. 35-45 000 €).

Ruiné par la révolution bolchevique qui saisit ses biens, Férat vend son importante collection de tableaux et détruit beaucoup de ses œuvres. En 1920, il participe à une exposition de groupe chez Léonce Rosenberg. Férat ne fait pas partie des « peintres de Rosenberg », sous contrat à L’Effort moderne, mais ce dernier, conscient de son talent, lui achète quatre peintures et treize œuvres sur papier entre décembre 1918 et avril 1921.

Dans les années 20, Férat présente ses œuvres avec celles des autres cubistes au Salon des Indépendants jusqu’en 1928, ainsi qu’à La Section d’Or en 1925, dont la renommée en Europe contribue à la reconnaissance de son travail. Puis il s’éloigne progressivement des règles cubistes et se passionne pour l’univers du cirque et des parades.

Place au théatre et au cirque

Férat réalise les décors et les costumes de la pièce de son ami Guillaume Apollinaire Les mamelles de Tirésias dont l’unique représentation aura lieu le 24 juin 1917. Quinze illustrations relatives à la pièce dont les représentations des principaux personnages (musiciens, clowns, écuyers, arlequins), réalisées à l’encre de chine, au crayon, à l’aquarelle ou à la gouache, seront proposées. Les estimations de ces pièces se situent entre 500 et 12 000 €. Signalons les gouaches Femme au violon, 1919-1920 (est. 8 000-12 000 €) et Musicien au tambour (est. 6 000-8 000 €).

Le cirque est une source d’inspiration haute en couleurs pour Férat. Dès 1908, il loue une loge à l’année au cirque Médrano, dont Picasso et sa « troupe » ont fait un lieu de rendez-vous privilégié. Parade fantastique, toile de 1922 (est. 50 000 -70 000 €), La parade huile sur toile (est. 40-60 000 €), Au cirque (est. 7 000-9 000 €), ou encore Cirque, chevaux, gouache sur papier (est. 4 000-6 000 €) restituent cet univers festif.

En 1937, à l’occasion de l’Exposition Universelle, Férat conçoit les décors de Matoum en Matoumoisie de Pierre-Albert Birot, pour le théâtre de marionnettes de Roger Roussot, père d’Alban Roussot. Une dizaine de projets de décors, dont des toiles de grand format comme Cavalier (est. 25-35 000 €) ou Paysage (est.20-30 000 €) et des gouaches (est. 4 000-6 000 €) sera présentée.

Les paysages

Dans les années 1930, Serge Férat aborde le paysage. Le collectionneur Henri-Pierre Roché, critique très fin des artistes de son temps qui soutiendra Serge Férat jusqu’à la fin, note dans la préface du catalogue de l’exposition des Paysages de l’artiste en 1934 : « Chaque toile est une synthèse particulière, comme un conte de fées, comme un poème, comme un rêve. La variété de ces couleurs est grande, et si naturelle à Férat qu’on n’en remarque pas tout de suite l’audace et la science. »

Ainsi des huiles sur toile, Paysage animé (est. 10-12 000 €), ou Le retour des champs, (est. 8 000-12 000 €), des gouaches dont Retour de pêche (est. 6 000-8 000 €) et Village, dessin au crayon (est. 700-900 €) seront proposées.

Léopold Survage

Une quarantaine de pièces de Survage composent la Collection Haba et Alban Roussot.

Grâce à Apollinaire, Léopold Survage (1879-1968) rencontre Serge Férat et la baronne d’Oettingen, dont il deviendra l’amant pendant plusieurs années. La fréquentation du salon de la baronne lui permettra de côtoyer tous les artistes importants de son temps. En 1917, Survage est à l’honneur lors de la première exposition des Soirées de Paris, aux côtés d’Irène Lagut. Apollinaire écrit la préface du catalogue sous forme de calligrammes.

Dans Le port (est. 70-80 000 €), très beau tableau qui concentre le talent de Survage, l’artiste introduit des éléments symboliques, poissons et feuille, dans une construction fortement découpée rompue par quelques diagonales où se rejoignent le ciel, la mer et les maisons du port. Le profil d’une ombre humaine, comme dans sa célèbre série des Villes, revient tel un leitmotiv. Citons encore les deux huiles sur toiles Nature morte aux pêches, 1914 (est. 40-60 000 €) et Germaine Survage dans la ville, 1924 (est. 30-40 000 €).

François Angiboult et Irène Lagut

D’origine russe, comme Serge Férat la baronne Hélène d’Oettingen (1887-1950) est à la fois peintre, sous le pseudonyme de François Angiboult, écrivain sous le nom de Roch Grey, et poète sous celui de Léonard Pieux. Le personnage, mystérieux, règne avec esprit sur son salon qui rassemble tout ce que Paris a de plus avant-gardiste. En 1912, l’artiste expose au Salon des Indépendants aux côtés des cubistes. En 1920, dans le groupe de la deuxième Section d’Or, elle allie les motifs de l’art populaire russe aux techniques de l’art décoratif. Parmi la dizaine d’œuvres de François Angiboult, citons La Ville, huile sur toile de 1948 (est. 5 000-7 000 €), et Paysage, huile et peinture or sur toile (est. 3 000-4 000 €).

Irène Lagut, compagne de Serge Férat pendant huit ans – mais aussi de Picasso – expose ses toiles en 1917 avec celles de Survage, sous l’égide d’Apollinaire. Elle se fait connaître grâce à ses portraits, dont celui d’Apollinaire blessé, orné de l’inscription « Bonjour mon poète, je me souviens de votre voix », ou celui de Cocteau tenant une fleur. Onze œuvres d’Irène Lagut seront également dispersées ; parmi elles, les décors réalisés en 1921 avec Serge Férat pour Les Mariés de la Tour Eiffel de Jean Cocteau, gouaches et collages (est. 5 000-7 000 €). Mentionnons aussi Cocteau à l’œillet, dessin à l'encre sur papier, 1919, (est. 600-800 €) et une toile, Deux femmes, estimée 2 000-3 000 €.

Jeanine Warnod auteur du catalogue

Le catalogue de la vente est rédigé par Jeanine Warnod. Jeanine Warnod a été critique d’art et journaliste au Figaro pendant 30 ans.

Figure emblématique du milieu de l’art, née en 1921 à Montmartre, elle grandit en compagnie des artistes de la Butte. Elle est l’auteur du Bateau-Lavoir et de La Ruche et Montparnasse, de monographies dont Survage, Max Jacob, Suzanne Valadon, Maurice Utrillo… ainsi que « L’Ecole de Paris, dans l’intimité de Chagall, Foujita, Pascin, Cendrars, Carco, Mac Orlan, à Montmartre et à Montparnasse », Arcadia Editions 2004.

Elle a organisé de nombreuses expositions en France et au Japon dont Le Bateau-Lavoir, La Ruche et Montparnasse, Centenaire de Guillaume Apollinaire, Léopold Survage … Elle a été également commissaire de l’exposition « Voyages au cœur de l’Ecole de Paris, le chemin de Warnod », au Musée de Montparnasse. Elle prépare actuellement un livre sur François Angiboult.

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Infos vente

Vente : 1330
Lieu : Hôtel Dassault
Date : 22 octobre 2007, 20h30

Exposition

du 16 au 19 octobre,
de 10h à 19h
Hôtel Dassault
7 rond-point des Champs Elysées
75008 Paris

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