COLLECTION ALICE TÉRIADE

DANS LE CADRE DE LA SESSION DES VENTES DE PRESTIGE D’ART MODERNE, vente le 20 octobre 2007

25 juillet 2007

Claude Monet. Iris jaunes
Claude Monet (1840-1926)
Iris Jaunes, 1924-1925. (détail)
Estimation : 1 000 000-1 500 000 €

La vente d’Art moderne du 20 octobre 2007 sera dominée par la dispersion de 15 œuvres de la Collection Alice Tériade. Parmi elles, une importante toile de Claude Monet  Iris jaunes, 1924-1925 (est. 1 000 000-1 500 000 €), six œuvres d’Alberto Giacometti  dont une pièce sublime, Suspension aux personnages, circa 1950 (est. 200-300 000 €), exceptionnelle « sculpture lumineuse », réalisée pour Tériade, mais également des œuvres de Pablo Picasso, Pablo Gargallo, Francisco Borès, Henri Laurens

Les pièces présentées sont chargées d’une dimension intime : dons, pièces uniques, commandes personnelles, chacune raconte l’histoire d’une amitié singulière. Cet ensemble est estimé entre 2 et 3 millions d’euros.

Tériade (1897-1983) fut un éditeur hors du commun. Il fonde la revue Minotaure, prestigieuse revue surréaliste, puis en 1937 la revue Verve, dont le rayonnement et la fécondité n’ont jamais été égalés. Il crée des correspondances entre artistes et écrivains, qui, sans lui, ne se seraient probablement jamais croisés. Il réalise des livres d’artistes devenus légendaires comme Jazz par Matisse, Ubu Roi par Miro ou Le chant des morts par Picasso.

Ses artistes sont ses amis. Parmi eux, Pablo Picasso, Matisse, Braque, Francisco Bores, Pablo Gargallo, Henri Laurens

Alberto Giacometti, lui, plus qu’un ami, fut un intime.

Ainsi la collection rassemblée par le couple Tériade fut le prolongement naturel d’une vie passée aux côtés des plus grands artistes…

Une partie de cette très belle collection a déjà rejoint en 2000 le Musée Matisse du Cateau-Cambrésis, don d’Alice Tériade réunissant les 27 livres d’art illustrés édités par Tériade, 500 gravures originales issues des publications et les 26 numéros de Verve.

Tériade, « berger de la beauté »

« L’éditeur est un homme très fort, qui a une grande influence sur les artistes, surtout quand il aime tellement passionnément le livre qu’il en fait sa vie »
Henri Matisse au sujet de Tériade1

Tériade occupe une place de tout premier plan parmi les grands éditeurs d’art du 20e siècle.

Critique d’art doublé d’un éditeur de génie, il engage un dialogue entre les artistes et entre les arts, ouvre une voix nouvelle au livre illustré en offrant aux artistes « un espace qui soit leur »2. En pure intelligence avec les maîtres d’alors et porté par leur estime, capable comme nul autre « d’épouser la démarche de chaque créateur »3, il livre parmi les plus justes et les plus beaux hommages à Henri Matisse, Pablo Picasso, Marc Chagall, Pierre Bonnard, ou Alberto Giacometti… pour ne citer qu’eux.

De ce parcours exceptionnel Tériade dira simplement qu’il doit tout à l’amitié : « j’ai essayé que mes livres soient un jardin ; sans l’amitié, je n’aurai rien pu faire »4.

Au regard des artistes, il aura été le serviteur de la beauté moderne, celui qui aura su en exprimer la nature singulière dans des livres faits poèmes. « Prince qui ne se montre pas mais dont on sent intensément la présence » dans le poème « Villa Natacha » d’Elitys5, « berger de la beauté »6 dans l’Eloge que lui consacre Jean Leymarie, Tériade fera de sa vie même une œuvre, emblème de la réunion et du partage.

L'odyssée de Tériade

Au départ de la Grèce, l’odyssée de Tériade débute en 1915. Fils unique de propriétaires terriens né à Mytilène en 1897, Efstrafios Eleftheriades, qui contracte son nom en « Tériade » pour l’adapter au français, part à 18 ans pour la France, aimanté par la capitale. La découverte de Paris sera celle d’une « Athènes moderne »7, celle du tout Montparnasse et d’une véritable passion pour l’art.

1926. Tériade entre aux Cahiers d’art. « C’est bien l’âge d’or de la peinture » annonce-t-il : « nous avons beau faire, nous subissons l’attirance de ses lois simples, le charme de sa verve, la santé créatrice de ses débats »8. Jusqu’en 1931, il rédige pour la célèbre revue plus de quarante textes ainsi qu’une monographie sur Fernand Léger. Parallèlement, de 1928 à 1933, il écrit dans L’intransigeant avec Maurice Raynal.

La fin des années 1920 ouvre à des rencontres décisives. Le pouvoir de compréhension de Tériade lui vaut l’estime des artistes qui le reçoivent et se confient à lui. Naissent des amitiés avec Matisse, dont il devient l’interlocuteur attitré, Maillol, Picasso, Miro, Chagall, BraqueAlberto Giacometti surtout, et Reverdy

1933. Avec l’éditeur Albert Skira, Tériade crée la revue surréaliste Minotaure. Face à l’influence croissante d’André Breton et de son groupe, il la quittera en 1936 après avoir fondé en réaction avec Maurice Raynal le mensuel La bête noire. A la même époque, Tériade crée la revue Le voyage en Grèce.

1937. Tériade compose « la plus belle revue du monde » : Verve. Vingt-six numéros paraîtront jusqu’en 1960. Les plus grands peintres et poètes y collaboreront, faisant de chaque numéro un objet d’art en soi : « Verve est à la fois le jardin de la couleur et la conque de la parole »9 dira Jean Leymarie.

1943. Le livre illustré renaît sous l’impulsion de Tériade. Jusqu’en 1975, faisant chacun date, vingt-sept livres d’une beauté encore inégalée seront conçus : cinq avec Chagall, quatre avec Matisse, trois avec Laurens et avec Miro, deux avec Gromaire et avec Léger, un avec Beaudin, Bonnard, Rouault, Villon, Juan Gris, Le Corbusier, Picasso, Giacometti. Tériade ouvre le livre à la couleur, en fait un espace offert aux artistes tandis qu’une relation exceptionnelle se crée avec chacun d’entre eux.

1945. Tériade acquiert la villa Natacha à Saint-Jean-Cap-Ferrat. Matisse, Bonnard, Picasso, Giacometti, Laurens, notamment, en font leur havre, y réalisent de nombreuses œuvres qu’ils offrent à leur hôte : « Une des plus pure merveille de l’art est là, dans sa familiarité quotidienne »10.

1949. Débute un amour qui ne mourra jamais. Tériade rencontre celle qui deviendra son épouse, Alice Génin, de vingt ans sa cadette. Elle est « éblouie par la simplicité de cet homme si brillant et cultivé » ; il a « la certitude d’avoir à ses côtés la compagne idéale » : elle est celle, dira Jean Leymarie, « à laquelle il ne demandera rien, dont il attendra et recevra tout », celle qui lui « permettra de poursuivre son œuvre »11.

Les années 1970 consacrent l’œuvre de Tériade. En 1973, s’ouvre à Paris l’exposition « Hommage à Tériade » ; elle se déplacera pendant neuf ans de Londres à Budapest en passant par l’Italie et par l’Espagne. En 1979, Tériade assiste à l’inauguration du musée de Mytilène qui porte son nom. Le voyage du poète prend fin en 1982. Tériade repose aujourd’hui à Montparnasse.

Claude Monet. Iris jaunes
Claude Monet (1840-1926)
Iris Jaunes, 1924-1925
Estimation : 1 000 000-1 500 000 €

Collection Alice Tériade

Un important tableau de Claude Monet provenant de l’atelier du peintre à Giverny, Iris jaunes, 1924-1925 (est. 1 000 000-1 500 000 €), acquis par Tériade du fils de l’artiste, Michel Monet, dominera cet ensemble.

Cette grande huile sur toile (150x130 cm) fut présentée au Kunsthaus à Zurich lors de l’exposition « Monet » en 1952, puis au Grand Palais, à Paris, lors de l’exposition « Hommage à Monet » en 1980. Tériade la reproduira dans Verve en décembre 1952 aux côtés d’autres toiles de Monet et d’un texte de Gaston Bachelard.

À la veille de sa mort, Monet consacre une ultime fois l’iris. Emblème de l’impressionnisme à Giverny, il est la seule fleur avec le nymphéa qui lui inspirera des séries. La première, entre 1914 et 1917, célébrait l’iris jaune ou mauve ; la seconde, entre 1924 et 1925, déclinera surtout, à travers une dizaine de toiles, l’iris jaune.

Autour de l’iris, la peinture de Monet se fait méditative à l’instar de celle d’Hokusai. Par l’alignement des fleurs et leur présentation frontale, par son harmonie chromatique, Iris jaunes évoque les estampes du maître japonais dont Monet devait acquérir plusieurs œuvres.

Proche entre tous de Tériade, Alberto Giacometti sera présent avec six œuvres.
« C’est avec Giacometti, connu et admiré dès sa première exposition, que Tériade aura
les entretiens les plus nombreux et les plus intenses », souligne Jean Leymarie, évoquant un « lien fraternel entre les deux hommes »12. Giacometti verra en lui un esprit capable de saisir son œuvre, trouvera en son amitié un véritable soutien. En témoignent notamment
les nombreux portraits de Tériade ou la sculpture monumentale, haute et fine déesse, offerte par l’artiste et installée dans le jardin de la villa Natacha. Ensemble, ils réaliseront un livre exceptionnel, Paris sans fin, fruit d’un long travail et d’une profonde amitié.

Alberto Giacometti
Alberto Giacometti
Femme nue sur socle, circa 1953
Estimation : 200 000-300 000 €

Parmi les œuvres de Giacometti, Femme nue sur socle, vers 1953 (est. 200-300 000 €), bronze à patine brune, est l’une des deux épreuves d’artiste tirée en sus de huit épreuves chez Susse avec l’accord d’Alice Tériade à partir du plâtre original qui accueillit longtemps les visiteurs à l’entrée de l’appartement parisien du couple Tériade rue de Rennes. Exposé au Musée d’Art moderne de la ville de Paris lors de la rétrospective « Giacometti » en 1991-1992, Alice Tériade en fit don à la Fondation Alberto et Annette Giacometti où il est aujourd’hui conservé. Femme nue sur socle illustre pleinement la nouvelle orientation de l’artiste aux abords des années 1950 : il abandonne les figures filiformes et accorde une importance nouvelle au volume.

Le génie de Giacometti sculpteur s’illustre ici avant tout à travers Suspension aux personnages, circa 1950 (est. 200-300 000 €), exceptionnelle « sculpture lumineuse » alliant fer, plâtre, cônes et personnages. L’artiste réalisa cette pièce unique spécialement pour Tériade. Il la conçoit en sculpteur, scellant sur le cercle en fer 4 figurines tournées vers l’extérieur, légères, élégantes, drapées de plâtre blanc. Giacometti les a voulu épurées, n’en gardant qu’une substantifique moelle qui leur façonne un corps de déesse. Aucune rupture de matière, mais un seul élan dans le travail de pétrissage.
Suspension aux personnages éclairait le salon de la villa Natacha.

Version préparatoire de Suspension aux personnages, Suspension à quatre éclairages en forme de cônes, fer et plâtre, est estimée 70-100 000 €.
Lampadaire à l’étoile, circa 1950, bronze à patine dorée (est. 40-70 000 €), pièce réalisée pour Jean-Michel Franck, Pied de lampe à l’étoile, circa 1975, bronze à patine dorée (est.10-20 000 €), et Lampe à piétement géométrique, circa 1935, plâtre
(est. 5 000-8 000 €) témoignent du talent de décorateur d’Alberto Giacometti.

Cet ensemble sera complété par une pièce de Diego Giacometti, Petite suspension conique, bronze à patine dorée (est. 25-40 000 €).

L’Ecole espagnole de Paris sera à l’honneur avec les œuvres de Pablo Gargallo, Pablo Picasso et Francisco Bores. Ces trois artistes partageront l’amitié du couple Tériade.

Pablo Gargallo, à qui Tériade consacrera plusieurs articles, sera représenté par une pièce unique, don de l’artiste à Tériade. Très beau cuivre forgé à patine brune, monté sur socle, signé et daté par l’artiste, Masque au sourire, masque d’arlequin souriant (version II), 1927 (est. 150-200 000 €), signe le talent de Gargallo fait maître sculpteur depuis sa découverte du métal et la réalisation de son premier masque découpé et soudé vers 1907. Très libre variation sur la figure humaine, cette sculpture était dans la bibliothèque de l’appartement du couple rue de Rennes, aux côtes des livres. Ce masque participera à l’exposition itinérante « Centenaire de Pablo Gargollo, 1881-1981 », voyageant depuis le Musée d’Art Moderne de la ville de Paris vers l’Espagne et le Portugal.

Pablo Picasso multiplia les collaborations avec Tériade. Deux pièces de l’artiste déclinant deux de ses thèmes de prédilection, la femme et la corrida, seront présentées. Acquis de la Galerie Louise Leiris, La pique, 1951, lavis d’encre sur papier (50,5x66cm) signé et daté par l’artiste (est. 100-150 000 €).Cette œuvre se trouvait dans le petit salon, rue de Rennes. Grand vase aux femmes nues , 1950 (est. 40-80 000 €), vase pansu au grand col, E.O terre de faïence rouge, fond peint à l’engobe blanc, provenant d’un tirage à 25 exemplaires numérotés comportant le cachet Madoura et l’inscription Vallauris, mai 50, résida à la villa Natacha, éclairé par la Suspension aux personnages de Giacometti.

Parmi les jeunes artistes les plus soutenus par Tériade, Francisco Bores livrera sa définition de la modernité avec trois huiles sur toile. Dès la première exposition de l’artiste en 1927 à la Galerie Percier, Tériade rendra hommage au talent de Bores, lui consacrant dans les Cahiers d’art un grand article. Suivront de nombreux hommages de Tériade, bientôt reconnu comme le plus fervent défenseur de Bores. La collaboration des deux hommes, qui se rencontrèrent à l’initiative de Picasso, s’illustrera notamment dans Verve, et dans une monographie de l’artiste présentée par Jean Grenier, éditée par Tériade en 1960. Nature morte à la carafe, 1964 (est. 20-40 000 €), grand format (89x116cm) exposé au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris en 1966, et Joueurs de cartes, 1928 (est. 20-30 000 €), format plus modeste (92x73cm), furent acquis directement de l’artiste par Tériade. De plus petit format (73x60cm), la nature morte Pot de fleurs et citron, 1955 (est. 20-35 000 €) fut quant à elle acquise de la Galerie Louis Carré. Habitué de la villa Natacha où il installera l’une de ses sculptures, l’offrant à son hôte, Henri Laurens marquera sa présence avec une œuvre sur papier, Etude de personnage (est. 6 000-12 000 €), petit format (34x25,5cm) mêlantdessin et aquarelle.Après Tériade, Alberto Giacometti dira le talent de Laurens dans l’ultime et double numéro de Verve daté de 1952, évoquant un sculpteur si purement absorbé dans son art que « sa manière même de respirer, de toucher, de sentir, devient objet, devient sculpture »13.

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Infos vente

Vente : 1306
Lieu : Hôtel Dassault
Date : 20 octobre 2007, 15h

Exposition

16 octobre, de 15h à 19h
du 17 au 19 octobre, de 10h à 19h
Hôtel Dassault
7 rond-point des Champs-Élysées
75008 Paris

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